Y a pas à dire...

... ou mieux dit par d'autres

Yannick Haenel

La première prérentrée au collège Saint-Exupéry de Mantes-la-Jolie commence mal pour Jean Deichel. La femme de l’accueil, puis le principal et ensuite son assistante semblent s’être mis d’accord pour lui pourrir son arrivée. Avec la sixième qui lui est confiée, il comprend qu’il n’a pas les outils, surtout psychologiques, pour assurer le contrôle des élèves face à lui. Les années d’agreg ne l’ont pas préparé aux regards méfiants ou soupçonneux de 35 gamins. La rencontre est redoutable. L’angoisse, la terreur même, de son premier jour de stage le submerge soudainement. La profession qu’il a souhaitée vocation de son existence est rapidement remise en question par l’univers de petits rabaissements, de mesquines perfidies, de fausses recommandations. Certains professeurs bienveillants sont bien là pour le conseiller, mais la réalité d’un prof devant sa classe est une immense solitude. Les heures de trajet, le RER parfois incertain, le calendrier dingue, la maigre paye qui prend son temps, l’Éducation Nationale oppressante, s’y ajoutent pour ne rien arranger. Le jeune agrégé Jean Deichel, souvent naïf dans son approche, voire malhabile, n’en est pas moins déterminé à transmettre la littérature, et plus que tout la poésie, qu’il considère comme la mission essentielle de sa présence sur l’estrade. Une entreprise toujours à défendre, lors de dîners petits-bourgeois, contre les sous-entendus condescendants sur les rapports de classe toujours voués à l’échec.

« Mal accueilli par un principal qui déclare ne pas supporter les intellos, il doit trouver seul son chemin vers un improbable préfabriqué, où se bousculent 35 gamins de 11 ans. Mais Jean s’adapte, trouve une chambre à louer dans laquelle le soir il cherche des méthodes pour intéresser ses élèves. Classes parfois difficiles, préparations, corrections, trajets… Il ne compte pas ses heures, alors même que son premier salaire se fait attendre plusieurs mois. » 1

« En franchissant les portes d’un collège de Mantes-la-Jolie, un matin de septembre, Jean Deichel, enseignant stagiaire de 22 ans venant de Rennes, où il vient de réussir l’agrégation, espère parler à ses jeunes élèves «de feuilles mortes, de poésie et d’océans ». Il a déniché un minuscule studio à Deuil-la-Barre, de l’autre côté de Paris, et découvre les trois heures de transport quotidien, les « horaires de fou », la violence administrative, l’attitude de certains collègues pressés de mettre à l’épreuve les limites de sa vocation et de son idéalisme. Mais dès ce premier matin, il a su qu’il était à sa place : « Je devais être là, avec eux: c’était la grande chose.» » 2

« Le désir d’enseigner, de transmettre, la littérature est si puissant qu’il emporte tout sur son passage, la circulation aléatoire du RER, les affres de la vie collective, les avanies administratives, le trac, les agressions, la dépression et surtout l’indifférence. Certaines scènes sont portées par un enthousiasme magique : lorsque le jeune prof fait apprendre par cœur Le Roi de Thulé, de Nerval, à sa classe de 6e, ou encore, à la fin, la lecture à voix haute d’un livre de Charlotte Delbo (1913-1985). Les élèves se passent l’exemplaire de main en main, formant ainsi une ronde précaire où transite la parole, jusqu’à la tulipe qui se présente devant les yeux épuisés des déportées. » 3

« Mais la poésie ne domine pas la vie d’un collège. Le jeune stagiaire de français se confronte à une administration rigide, des collègues pas tous bienveillants, des élèves peu accueillants. Le principal lui assure qu’il n’aime pas les intellos, on le prévient contre des conflits entre élèves d’origines chinoise et maghrébine, une partie de sa classe s’endort à mesure qu’il fait cours, la plupart peinent à aligner plus de quatre phrases à l’écrit. La vocation se voit réduite au rang de métier paupérisé – impossible de continuer à  » voir des océans là où il n’y avait que des flaques « . » 4

« Jeune agrégé de lettres au look de « croque-mort branché », Jean est bombardé stagiaire dans un collège de Mantes-la-Jolie au début des années 1990. Il y découvre un environnement en tout point paradoxal, à la fois hostile et stimulant. C’est au nom d’une vocation bien délicate à expliquer qu’il s’est voulu professeur, malgré les mises en garde, convaincu de pouvoir changer ce monde dont il devine la dureté. Faudra-t-il choisir entre être aimé et transmettre ? Cette seconde ambition est ce qui importe le plus à Jean. Comme l’écriture, dont l’envie le hante, l’enseignement consiste pour lui à prendre soin d’une flamme qui vacille. » 5

« Le narrateur, fraîchement agrégé, effectue dans les années 1990 sa première rentrée au collège de Mantes-la-Jolie, à une heure et demie de chez lui en RER. Comme tout débutant, il a la boule au ventre. Tiendra-t-il sa classe ? Se repérera-t-il dans la jungle de l’Éducation nationale, sera-t-il bien vu par le CPE, survivra-t-il à son inspection ? » 6 

« Fraîchement diplômé, Jean Deichel s’était installé en banlieue parisienne, dans un tennis club dont il avait la charge d’ouvrir les portes aux sportifs. Nommé prof stagiaire de français au collège Saint-Exupéry de Mantes-la-Jolie, dans les Yvelines, il s’apprêtait alors à commencer une activité relevant plus de la vocation que du simple métier. Six heures par semaine, il allait avoir face à lui les élèves d’une seule classe, la 6e B. » 7

« Le narrateur, jeune professeur de français parachuté dans un collège de Mantes-la-Jolie, va se cogner au réel de l’enseignement en banlieue. Il va, dans ce lieu, mis au ban, enseigner, accompagner et faire face à des jeunes dont « l’ignorance n’est que le fruit de ce qu’on ne leur a pas appris ». Il va aussi devoir affronter les difficultés de sa vocation : une hiérarchie muette et des collègues qui, pour préserver leur notation, vont préférer minimiser ou étouffer les vagues de violence, ignorer la détresse qui pousse à l’épuisement ou à la démission. » 8

La solitude des professeurs est infinie de Yannick Haenel, Éditions Gallimard

1 Marie-Aimée Bonnefoy, Charente libre, 24 août 2026]

2 Christian Desmeules, Le Devoir, 3 octobre 2026

3 Tiphaine Samoyault, Le Monde, 18 septembre 2026

4 Claude Arnaud, Le Point, 10 septembre 2026

5 Antoine Faure, Lire – Magazine littéraire, 1er septembre 2026

6 Bernard Quiriny, L’Opinion, 26 août 2026

7 Alexandre Fillon, Sud Ouest, 20 septembre 2026

8 Dominique Pietri, Corse Matin, 21 août 2026

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