Le 16 juillet 1969, tous les regards dans ce coin du Michigan, comme partout ailleurs, sont tournés vers la Lune sans se rendre compte qu’un petit garçon de cinq ans vient de se noyer dans une piscine municipale pourtant bondée. La maître-nageuse, la famille, les gens autour, personne ne s’aperçoit de rien. Alors que le compte à rebours promet la grande manifestation technologique dans l’espace, le drame bien sur terre déchire plus que la famille. La communauté entière s’en trouve bousculée. Les jugements sur la responsabilité, d’abord de la maître-nageuse, puis des baigneurs, des parents et des autorités locales, abondent dans tous les sens pour désigner un coupable définitif. Les plus infimes détails qui précèdent la noyade sont revisités, des coïncidences insignifiantes sont exacerbées à posteriori, les mauvaises décisions exaltent la négligence et l’imprudence pour soit disculper les possibles coupables et porter les accusations sur d’autres, soit prôner l’indulgence en invoquant l’accident imprévisible. Dans les deux cas, la cohésion sociale s’est brisée, et la vérité, trop éprouvée par plusieurs angles d’approche, en ressort fort malmenée.
« Ce matin du 16 juillet 1969, tous les Américains attendent le moment où ils vont voir sur leur téléviseur décoller la fusée Apollo 11 pour la Lune. Richie Manning, 5 ans, lui, ne rêve que d’une chose : partir à la piscine, avec sa mère et son petit frère. Une piscine où il va se noyer ce même jour. Dès la première phrase, Laura Kasischke annonce le drame au centre de son nouveau roman. À la manière d’un kaléidoscope fascinant, elle saisit des instantanés en brefs chapitres : les préparatifs du pique-nique par la mère de Richie, le trajet d’une fillette rousse qui se rend seule à la piscine pour la première fois, le départ pour le club de natation de la maître-nageuse qui ne verra pas l’enfant perdre pied… » 1
« En ce jour de juillet 1969, Richie Manning (5 ans) n’a qu’une hâte, aller barboter dans la piscine olympique de la ville, d’autant qu’il a reçu pour la première fois la permission de s’amuser non plus dans la pataugeoire, mais dans le petit bain. Son père, en voyage pour affaires, a insisté pour qu’il regarde la fusée décoller de Cap Canaveral. Quelques heures plus tard, Richie se noie dans la piscine sans que la maître-nageuse, une jeune bimbo qui fait jaser en ville, ait eu le temps de plonger pour le sauver. » 2
« Tout semble tourner autour de cette question : qui sera responsable de la mort de l’enfant ? Sa mère, qui pourtant le couve comme un œuf ? Son père, qui a laissé sa famille pour répondre à un appel d’offres important ? La jeune et jolie maître-nageuse perchée sur son échelle ? L’un des nageurs du bassin ? Mais la petite musique du thriller n’est pas ce qui fait vibrer le roman de Kasischke. Son ampleur se déploie dans le regard qu’elle pose sur la fatalité. » 3
« Le déploiement des faits se dessine au fil d’une succession de brefs fragments d’une ou deux pages, et d’un changement incessant de perspective, selon le personnage par les yeux et la sensibilité duquel on regarde : Richie lui-même ; sa mère, Mary ; son père, Richard ; Becca, une petite fille du voisinage ; la maître-nageuse, une adolescente encore, qui bientôt sera pointée du doigt comme responsable de la tragédie… » 4
« Dans Baignade surveillée, tandis que de grands hommes en position érectile, dans une fusée, fascinent tout un pays, la mère de Richie est infantilisée par son mari au prétexte qu’elle manque d’ambition, puis diabolisée par le même, qui l’accuse d’être responsable de la mort du bambin. Mais elle-même juge la jeune maître-nageuse qui surveille la baignade trop belle pour être fiable. » 5
« Le mercredi 16 juillet 1969, alors qu’Apollo 11 décolle vers la Lune, un petit garçon de cinq ans, Richie Manning, se noie dans la piscine d’un club de natation de la ville de Mission Hills dans le Michigan. L’enfant a échappé à la vigilance de sa mère et surtout à celle de la maître-nageuse, une bimbo adolescente qui a vite fait d’être désignée comme la (seule) responsable de l’accident. » 6
« L’événement historique sert de fixateur à la tragédie : « Après la Lune, on va à la piscine », dit Richie à sa mère. Les changements d’échelle mettent en lumière les béances d’une communauté faussement solidaire – la famille, l’Église, le mythe américain du bonheur béat et de l’argent font flop. » 7
Baignade surveillée (The Lifeguard) de Laura Kasischke, traduit de l’anglais par Céline Leroy, Éditions Gallimard
1 Corinne Renou-Nativel, La Croix, 27 août 2026
2 Didier Jacob, Le Nouvel Obs, 20 a026
3 Élise Lépine, Le Point, 13 août 2026
4 Nathalie Crom, Télérama, 19 août 2026
5 Sabrina Champenois, Libération, 22 août 2026
6 Philippe Chevilley, Les Echos, 4 septembre 2026
7 Juliette Einhorn, La Tribune Dimanche, 6 septembre 2026