Y a pas à dire...

... ou mieux dit par d'autres

François-Henri Désérable

Arun a huit ans quand il arrive en 1998 de Delhi. Pas le Delhi des hautes classes, mais le Delhi des bidonvilles et des déchets. Dans la famille bourguignonne qui l’adopte, le restaurant est le lieu de toutes les expériences gustatives. Surtout celle du vin. Son amitié avec Margot, la fille d’un vigneron d’un cru d’exception des environs de Beaune, ajoute à l’envie d’en goûter toujours plus. Car le vin lui fait découvrir le don insoupçonné d’un palais absolu. En une seule goulée, toutes les subtilités du cépage et de la mémoire des terroirs retenus sans aucune peine pour lui se révèlent en bouche. Plus qu’à lui-même, ce don ouvre autour de lui des possibilités par toujours les plus méritoires. Le monde vinicole ne tolère que les élus de ses domaines bien établis, mais qu’un gamin, venu d’Inde en plus, bouscule leurs privilèges se doit d’être écarté. Jusqu’à l’impliquer dans une sombre affaire d’escroquerie qui le présente devant le tribunal de Dijon. Ses belles démonstrations dans les grandes dégustations à l’aveugle d’un monde très select sont ainsi remises en question. C’est à New York qu’une sommité de l’expertise vinicole humiliée par le jeune Arun a fomenté toute l’affaire. Les doutes sur son honnêteté sont aiguillés par les insinuations d’un critique à la renommée jamais contestée, mais qui s’est un jour fait bluffer par le très jeune prodige de seulement quinze ans, qui en remet pour mieux l’enfoncer.

« Arun, enfant d’un bidonville indien adopté par un couple de restaurateurs beaunois, se découvre un don singulier : chaque cru goûté en Bourgogne puis, au fil du temps sur la planète entière, lui demeure en mémoire. Il se constitue ainsi une « cave intérieure », qui lui permet d’identifier en une fraction de seconde tout cépage, tout millésime, tout producteur. Au point d’humilier un ponte américain de la dégustation, qui se vengera sans pitié aux dépens d’un vigneron. Celui-ci se donnera la mort. » 1

« Mais l’Inde d’où est originaire le héros, Arun Kumar, n’a que peu à voir avec les splendeurs de l’édifice, puisqu’il est de ces enfants des bidonvilles qui ne semblent pas prédestinés à un avenir glorieux. Le hasard l’amènera néanmoins à être adopté par un couple de Bourguignons, un restaurateur de Beaune plutôt renommé et son épouse, professeure de yoga. C’est en fréquentant les tables locales, où les fonds de verre sont légion, que le gamin va bientôt développer des facultés insoupçonnables : un « don prodigieux » lui offrant, à l’image des plus grands critiques (dont il faut parfois se méfier…), la possibilité « de se souvenir de chaque vin qu’il avait dégusté » et qui va naturellement s’amplifier avec le temps, entre autres par l’apprentissage des méthodes de dégustation et celui de la langue. » 2

« L’adolescent va développer en France un talent sans pareil pour reconnaître les vins à l’aveugle, mémoriser les cépages, les appellations, les millésimes. À force de voyager, de déguster, il se bâtit une stupéfiante « cave intérieure », celle-là même qui lui permet d’identifier au nez un chambertin 1865, un romanée-conti 1928 ou un yquem 2001… Grâce à cette faculté hors norme, il finit par confondre en public le meilleur critique vinicole du monde, Michael Waterman (double fictif de Robert Parker), dans une scène de dégustation d’anthologie. » 3 

« Arun, jeune orphelin grandi sur les tas d’ordures de Ghazipur, à New Delhi, est adopté par un couple de restaurateurs bourguignons. À 10ans, il sait déjà reconnaître des dizaines de vins et des centaines d’arômes. Mais très vite, il se désespère… Filer en page33 pour comprendre comment « les limites du langage imposent des barrières à son monde gustatif ». C’est « comme si le vin parlait une langue que le français ne faisait qu’ébaucher ». Alors il réinvente : risambre, vellune, crémurien, effluves de bois ancien chauffé, coquille d’œuf tiède, cire et encens mêlés… Pour son bonheur, il a un maître, le meilleur vigneron de Beaune. » 4

Le Palais de François-Henri Désérable, Éditions Gallimard

1 Antoine Perraud, La Croix, 20 août 2026

2 Baptiste Liger, Lire – Magazine Littéraire, septembre 2026

3 Erwan Desplanques, La Tribune Dimanche, 30 août 2026

4 Isabelle de Montvert-Chaussy, Sud Ouest, 30 août 2026

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