Y a pas à dire...

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Delphine de Vigan

La vie de Romane Monier est tout entière dans son smartphone, c’est ce qu’elle permet à Thomas de convenir en glissant son portable dans son manteau pendant un moment arrosé dans un café avec un ami. Et plus tard les codes pour y accéder sans limite. Il peut tout y découvrir d’elle. Tout. Ses applis, ses réseaux, ses photos, ses vidéos, ses messages, ses mots de passe. La connaître au plus intime lui devient vite une idée fixe. Cette traversée dans l’histoire de la jeune femme le fait se jeter dans les profondeurs cachées de sa propre vie. Mais le regard sur chacune des deux existences qui s’entremêlent bientôt par téléphones interposés, pose la question du véritable ou du fictionnel. Tant deviennent floues les frontières du véridique par ce que permettent les portables désormais. Comme sont floues les possibilités de disparaître complètement aujourd’hui. Si deux mondes semblent se déparier, celui de Romane, où tout se refabrique sans plus de contrôle, et celui de Thomas, à la permanence de papier en désuétude, c’est bien la certitude de deux solitudes, malgré la présence de sa fille pour lui, qui s’expriment en écho. Les vérités de la jeune inconnue qui effleurent celles du quinquagénaire, exposent le banal des souffrances et des petits contentements au quotidien. Des images aussi, sans plus de réelle signification. Avec le pareil geste d’attraper son portable comme premier réflexe du matin.

« Le premier geste de Thomas, au réveil, a, comme d’habitude, été d’attraper son téléphone portable, objet intelligent et chronophage s’il en est. Or il s’avère que l’appareil entre ses mains n’est manifestement pas le sien. Probablement celui de la jeune femme plutôt fine, d’une trentaine d’années au maximum, avec des cheveux châtains jusqu’aux épaules, qui était sa voisine ce samedi de mars dans le bar où il devisait avec son meilleur ami. » 1

« « Je suis Romane Monnier » commence par l’histoire d’un homme, Thomas, quadragénaire qui se réveille un matin de gueule de bois avec un téléphone portable qui n’est pas le sien. Quand il retrouve virtuellement la propriétaire, celle-ci refuse de récupérer son appareil et lui confie ses codes d’accès. Pour comprendre qui elle est, Thomas décortique toutes les applications du smartphone. Craint-il un geste inquiétant, alors que lui-même traverse une période difficile ? La vie numérique de la jeune femme, sa fuite, sa fragilité et ses petits arrangements avec elle-même, font écho à la vie de Thomas. Elle se nomme Romane Monnier, elle y livre sa vie, par fragments, tout en restant un mystère. » 2

« Qui est Romane Monnier ? Une jeune femme pas encore âgée de 30 ans qui, un soir, dans un café, a subrepticement et intentionnellement laissé son smartphone à un inconnu, et lui a livré ses codes. Voilà ce Thomas, bientôt quinquagénaire, lancé dans une enquête à travers l’appareil, ses applications, ses enregistrements, ses messageries, pour tenter de cerner la personnalité de Romane, comprendre, dans cette profusion d’archives importantes ou dérisoires, pourquoi elle s’est délestée auprès de lui de cet objet qui contient tant d’informations à son sujet. » 3

« Un homme de 47 ans, Thomas, plutôt jeune de caractère, est cueilli au matin par une bonne et une mauvaise surprise. La mauvaise surprise est qu’il n’a plus son téléphone. La bonne, quelle aventure, est qu’il a dans sa poche celui de quelqu’un d’autre. La veille au soir, au café la Malice où il retrouvait son meilleur ami, une inconnue a décidé sans qu’il s’en aperçoive de lui confier ce qu’elle a de plus précieux, son ADN, son Archive Définitivement Numérique. » 4

« Plus Romane Monnier confie les raisons de son évaporation, plus Thomas s’y retrouve : « Quand quelqu’un met en mots ce qui nous habite, observe-t-il, c’est une douleur et un soulagement. » Dépositaire de l’âme numérique d’une si proche étrangère, le voilà qui exhume, « en miroir ou en contrepoint », sa propre histoire. Ses morts. L’enfance. Les silences. » 5

« Père célibataire d’une fille qu’il a élevée seul et qui vient de quitter le domicile familial, Thomas végète dans un état dépressif dont il va s’extraire à la suite d’une drôle d’affaire. Au lendemain d’une soirée dans un bar, il découvre qu’il a interverti son téléphone avec celui d’une jeune femme. Quand il parvient à la joindre, après maintes tentatives, elle lui fixe un rendez-vous pour lui rendre son portable, tout en lui annonçant qu’elle ne veut pas récupérer le sien. Ce qu’elle fait avant de disparaître pour de bon. » 6 

« Catastrophe des catastrophes, Thomas a perdu son téléphone portable au cours d’une soirée. Plus exactement, il l’a confondu avec celui d’une inconnue. Après l’avoir localisée, il pense pouvoir procéder à un rapide échange. Surprise : la jeune femme veut bien lui rendre son smartphone, mais elle ne tient pas à récupérer le sien. Pire, elle lui donne son code, ce qui lui permet d’avoir accès à toutes les données stockées dans l’appareil… » 7

« Depuis quelque temps, ses pensées, ses rêves, les images qui lui reviennent au cours d’une journée le ramènent sans cesse à ce qui a déjà eu lieu, ce qui n’est plus, pour la simple et bonne raison qu’il ne sait pas se représenter l’avenir, lui donner consistance, qu’il est incapable d’inventer de nouvelles images qu’il pourrait simplement caresser, incapable d’imaginer des chemins, un chemin, qui le mènerait ailleurs, incapable d’imaginer les trente et quelques années qu’il lui reste statistiquement à vivre. C’est un problème, il le sait, cette absence de visibilité, cette obstruction du futur, aussi a-t-il la sensation désagréable d’être bloqué sur une aire d’autoroute sans savoir précisément depuis quand, ni où, et sans pouvoir s’insérer de nouveau dans une circulation aussi rapide, aussi dangereuse que celle qui l’a mené jusque-là. » 8

Je suis Romane Monnier de Delphine de Vigan, Éditions Gallimard

1 Alexandre Fillon, Le Télégramme, 11 janvier 2026

2 Virginie Jacoberger-Lavoué, Les Echos, 23 janvier 2026

3 Raphaëlle Leyris, Le Monde, 16 janvier 2026

4 Claire Devarrieux, Libération, 24 janvier 2026

5 Marine de Tilly, Le Point, 29 janvier 2026

6 Léonard Desbrières, Le Parisien (Week-End), 16 janvier 2026

7 Florence Pitard, Ouest-France, 18 janvier 2026

8 Valery de Buchet, Madame Figaro, 2 janvier 2026

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