À la Kolyma, il fait froid. Très froid. Parfois -70º dans le crématoire blanc comme on l’appelle en Sibérie. Les détenus que l’on envoie là-bas survivent tant bien que mal, quand ils survivent. S’y recompose pourtant une société propre aux camps de détention de longue durée, des communautés d’intérêt divers s’y développent, toujours en confrontation les unes avec les autres. Les politiques d’un côté, les droits communs de l’autre, et même les gardiens qui encouragent les différends et les coups bas pour mieux tenir les camps. Diviser pour mieux régner dans le goulag soviétique. Des groupes mafieux prospèrent, montent des missions meurtrières vers les groupes adverses, des tueurs, des tueuses, sont à l’œuvre. Sylla Bach est l’une de ces « tueuses de chiennes ». Elle opère pendant neuf années à la Kolyma pour les frères Vadas pour éliminer les « traîtresses ». Mais dans l’enfer blanc, l’amour existe encore. Sylla s’éprend de l’infirmière du camp, Kassia qui lui fait entrevoir une autre existence que son implacable nature née de son enfance laissée dans un fossé près de ses parents morts. Les années qui suivent sa sortie de la Kolyma la retrouvent à Budapest, pourchassée par les frères ennemis qui l’employaient au goulag mais qui la recherchent désormais pour un meurtre où elle est impliquée. Elle y reste cachée durant les événements de 1956, tout en protégeant la femme qu’elle a aimée autrefois.
« L’histoire ? Celle de Sylla Bach, surnommée affectueusement «la tueuse de chiennes » par les hommes du NKVD, la police politique, qu’on retrouve en 1956 errant dans les rues de Budapest « écrasée par les chars russes ». Lors de ses neuf années de détention au goulag de Kolyma, la jeune femme avait développé une aptitude à exécuter proprement les « traîtresses », puis était devenue le bras armé des frères Vadas, mafieux transylvaniens qui contrôlaient les mines d’or de la région. Lesquels vont la contraindre à quitter la Hongrie et retourner à Kolyma afin de « regagner sa liberté et arracher sa rédemption ». Et surtout protéger Kassia, cette infirmière qu’elle aime secrètement. » 1
« Dans ce décor infernal, Adieu Kolyma raconte la haine de deux frères, Lazar et Pal Vadas, membres d’un clan puissant auquel le pouvoir soviétique a confié une partie de l’exploitation des mines d’or. Une vieille rivalité, sur laquelle est venu se greffer le meurtre abominable de la fille de Pal, les voue à s’entretuer. Mais entre les deux frères se tient Sylla Bach, dite « la tueuse de chiennes », c’est-à-dire la tueuse de « balances » ou de « vendus » à l’administration des camps. Frêle orpheline dont la silhouette dissimule une violence froide et une force ahurissante, elle est devenue, à l’époque de son internement à la Kolyma, la protégée et le bras armé de Pal Vadas. » 2
« Sylla, l’héroïne, vit retirée dans les ruines de Budapest en 1956. On l’appelait « la tueuse de chiennes » pendant les neuf années qu’elle a passées à la Kolyma, aux confins de l’Extrême-Orient sibérien. Elle voudrait se faire oublier et commencer à vivre. Mais les chefs de gangs la poursuivent. La traque va la conduire de Budapest à Kiev et Moscou jusqu’aux glaces de Magadan pour un chemin à l’envers lesté de crimes. L’Histoire est là avec ses tragédies d’hier qui font écho à celles d’aujourd’hui. Budapest détruite par les chars, l’Ukraine affamée par Staline, les ombres menaçantes partout renvoient aux terreurs contemporaines. Pourtant dans « ce lieu du rien », cet enfer, on s’attache à Sylla qui cherche la lumière et finira peut-être par la trouver. » 3
« Sylla Bach, elle, ne s’intéresse pas à l’histoire, ignorant les ruines des maisons pulvérisées par les chars russes qui jonchent les rues de Budapest, ne songeant qu’à survivre et glisser dans la nuit qui la protège. Elle veille sur Kassia, l’infirmière qu’elle a connue au bagne, et qu’elle aime. Pourchassée, elle puise dans les souffrances endurées pour tuer encore, et ainsi prolonger sa destinée. Tous les protagonistes de ce superbe roman — Varlam, le vieux tanneur qui noie ses souvenirs de détenu dans la vodka ; les frères Vadas, chefs d’une horde de criminels ; Kamo, foraine sans pitié… — sont des spectres qui ont connu la sueur et le sang des prisons dantesques. Quant à la Kolyma, coincée entre la mer de Sibérie orientale et la mer de Béring, à l’extrême nord-est de la Russie, où les cadavres gelés restent au bord des chemins comme de pitoyables bûches, elle défie les décennies, indifférente aux soubresauts politiques, continuant à dévorer des millions d’hommes et de femmes » 4
« Un amour pour l’infirmière Kassia connue dans les camps que Sylla doit préserver, au cœur de la lutte sans merci que se livrent les frères, mais ennemis dans la vie, Lazar et Pal Vadas. Une haine terrible fondée sur un meurtre où Sylla Bach est impliquée au premier chef. Le clan va mettre en route une machine mortelle où les existences ne valent rien. Dans ce chassé-croisé où l’on rencontre un vieux bolchevik, un prêtre des Yacoutes, hommes de main en panne d’état d’âme, et l’Impassible, Sylla Bach va reprendre du service et faire ce qu’elle faisait de mieux dans les camps : ôter la vie. » 5
Adieu Kolyma d’Antoine Sénanque, Éditions Grasset
1 Isabelle Bunisset, Sud Ouest, 7 septembre 2025
2 Jean de Saint-Cheron, La Croix, 11 septembre 2025
3 Yves Viollier, La Vie, 11 septembre 2025
4 Gilles Heuré, Télérama, 10 septembre 2025
5 Henri Mariani, Corse Matin, 29 août 2025