Le narrateur de dix-sept ans est seul, loin des intérêts de son âge. Mais il est amoureux, intensément bien que platoniquement, d’une jeune fille d’un an plus jeune qui lui parle durant leurs délicats moments ensemble d’un lieu mystérieux. D’une cité perdue habitée de son double plus réel que sa présence auprès de lui, et où elle travaille à collecter les rêves anciens. Un jour, elle disparaît. Le garçon part à sa recherche dans l’endroit énigmatique, flou et hors du temps qu’elle lui contait. En traversant la forte enceinte de pierre, il y découvre derrière un monde de rêves, de regards sur le passé, et de jaillissements de sa propre inconscience. Revenu plus âgé de cet étrange monde parallèle, il devient bibliothécaire dans une petite localité peuplée d’une belle variété d’excentriques dont un adolescent, retiré des autres comme lui l’était aussi. Alors que la cité aux murs incertains le rappelle entre eux, elle n’a en fait jamais quitté ses pensées, il décide de la regagner, accompagné cette fois du jeune qu’il initie à son tour au savoir des « liseurs de rêves ».
« L’idylle a la douceur pastel des estampes japonaises, les gestes sont délicats et les sentiments purs. C’est un amour enserré dans l’ivoire et aussi un amour bâtisseur. Un soir, elle lui dit : « La Cité est entourée de hauts murs. » Elle donne d’autres détails sur ce lieu mystérieux au cours de l’année qu’ils passent à se voir. Une belle rivière traverse la cité. Trois ponts de pierre l’enjambent. Il y a aussi une île avec des saules, et puis des licornes qui vivent au pied des murailles. Dans ce là-bas, elle travaille de 17 heures à 22 heures dans une bibliothèque où sont stockés de vieux rêves qu’il faut sortir de leur coquille pour qu’ils se racontent. » 1
« À 17 ans, son narrateur tombe amoureux d’une jeune fille que l’on comprend dépressive. Les adolescents se réfugient, en pensée, dans une cité imaginaire cernée de murs immenses, puis la jeune fille s’évapore, laissant son amoureux incapable d’aimer. Parallèlement au récit de cet échec, Murakami raconte la vie de son narrateur, âgé d’une quarantaine d’années, à l’intérieur de la cité. Le temps est arrêté, les habitants sont coupés de leur ombre. » Ce n’est que lorsqu’on abandonne son ombre qu’on se rend compte qu’elle est nantie d’un certain poids « , constate le narrateur. Mais est-on vraiment plus heureux sans sa part d’obscurité ? » 2
« Dans une petite ville de campagne, un adolescent tombe amoureux d’une jeune fille étrange au « cœur qui gèle ». Si elle est si fragile, si évanescente, c’est parce qu’elle prétend n’être qu’une ombre qui a été séparée de son corps originel. La « vraie elle » résiderait dans une cité lointaine et heureuse, ceinte de hauts murs, où le temps n’a pas prise. Cet autre monde existe-t-il réellement ou est-ce la construction d’un imaginaire d’enfant ? Ici plane déjà un premier mystère. » 3
« Mais, cette fois-ci, dans ce livre-ci, Murakami boucle et déboucle toutes les boucles : à force de va-et-vient entre le monde réel et celui des rêves, le temporel et le spirituel, le conscient et l’inconscient, les souvenirs et la réalité de l’ici et maintenant, les faits et les hypothèses, les causes et les conséquences, le monde des vivants et celui des morts, les frontières s’estompent, la conscience du narrateur erre entre tous ces mondes, ça fusionne dans des lieux subtils dont on ne saurait pas vraiment dire de quel côté ils se situent. « J’avais l’impression que le temps se mélangeait en moi. Les extrémités des deux mondes semblaient glisser légèrement l’une sur l’autre, comme lorsque la mer monte dans un estuaire à marée haute et que l’eau salée et l’eau douce se mêlent. » Il y a là, dans cette image si simple et si pure, le naturel des grandes choses. » 4
« Ici, un jeune homme de 17 ans, le narrateur, et une jeune fille de 16 ans tombent amoureux, un été. Dans une atmosphère de conte où l’herbe est tendre et l’eau des rivières cristalline, les deux adolescents élaborent, front contre front, une Cité, entourée de hautes murailles. Le « vrai moi » de la jeune fille se trouve là-bas. « Tu veux dire que le toi qui est là maintenant devant moi, ce n’est pas ton vrai moi ? » demande le jeune homme. « Non, le moi qui est là maintenant devant toi, ce n’est pas le vrai. Ce n’est rien d’autre qu’une doublure. Quelque chose comme une ombre mouvante. » 5
« Un garçon de 17 ans attiré par une jeune fille de 16 ans, quoi de plus naturel ? Comme la suite : « Comment pourrait-il ne pas être sexuellement attiré ? » Mais les questions sexuelles attendront, il y a plus important, plus exigeant : une mystérieuse Cité dont parle la jeune fille et qui fascine le garçon. Selon les règles de l’endroit, il n’a aucune chance d’y entrer. Personne n’en sort, personne n’y pénètre, le lieu est clos et parfaitement organisé, avec ses murs infranchissables, son gardien sévère, ses licornes qui meurent et se reproduisent, selon un écoulement du temps que rien ne marque, en tout cas pas l’horloge de la grande tour puisqu’elle n’a pas d’aiguille… » 6
« Ils se sont rencontrés à l’occasion de la remise des prix du Concours d’essais des lycéens. Il a 17 ans, elle en a 16. Vivant dans des villes assez éloignées l’une de l’autre, ils se verront ensuite une ou deux fois par mois et s’écriront beaucoup. Avec le temps, elle lui parlera d’une Cité inconnue entourée de hautes murailles. Plus curieux encore, elle affirmera que c’est là que se trouverait son vrai moi. Quand cette jeune fille disparaîtra, l’amoureux fera donc des pieds et des mains pour accéder lui aussi à cette mystérieuse Cité, où personne ne peut entrer sans d’abord avoir accepté de se séparer de son ombre. » 7
La Cité aux murs incertains de Haruki Murakami, traduit du japonais par Hélène Morita avec la collaboration de Tomoko Oono, Éditions Belfond
1 Frédérique Roussel, Libération, 18 janvier 2025
2 Élise Lépine, Le Point, 2 janvier 2025
3 Léonard Desbrières, Lire – Magazine littéraire, février 2025
4 Anna Cabana, La Tribune dimanche, 5 janvier 2025
5 Lisbeth Koutchoumoff Arman, Le Temps, 18 janvier 2025
6 Pierre Maury, Le Soir, 18 janvier 2025
7 Karine Vilder, Le Journal de Montréal, 25 janvier 2025