Y a pas à dire...

... ou mieux dit par d'autres

Baptiste Fillon

Nissan ne veut pas. Bien que son frère le lui commande, il refuse de tuer le paysan arabe dans son champ avec son âne qu’il lui désigne. Exclu de la Haganah, il emploie dès lors ses journées à remplir des carnets de croquis sur tout ce qui l’environne. Mais la vie dans le moshav de sa famille juive ashkénaze venue d’Ukraine dans les années 1920 devenant bientôt trop difficile à supporter, il part à Tel-Aviv pour mieux se jeter dans son désir de peinture. Alors que l’Europe se déchire en guerre mondiale, le protectorat britannique sur la Palestine voit arabes et juifs aussi se combattre, les premiers pour retenir leurs droits sur les propriétés agricoles, les seconds pour s’y imposer en les y délogeant. Nissan s’en éloigne pour combattre sous l’uniforme de sa Majesté en Afrique du Nord jusqu’en Italie. De retour à Tel-Aviv, il résiste à rejoindre la Haganah, car même s’il a tué durant la guerre, le souvenir du vieil arabe dan son champ le hante. La perspective d’enfin obtenir un visa pour la France l’y fait retourner, son rêve de quitter ces terres où tellement d’exactions sont commises, même par les siens, pour se plonger entièrement dans le monde artistique de Paris plus fort que tout.

« Inspiré de faits réels, le second roman de Baptiste Fillon met en lumière la vie de Nissan, un peintre juif né dans les années 1920. Sa famille, encore en Europe de l’Est, s’installe en Palestine à la suite de pogroms. Quelques années plus tard, enrôlé dans une patrouille militaire avec son frère Zeev, Nissan refuse de lever son arme sur un paysan arabe. Rapidement exclu de la Haganah après un passage devant la cour martiale, il s’adonne entièrement au dessin avant de quitter définitivement les siens pour rejoindre Tel-Aviv, plus inclusive envers les deux peuples. » 1

« Il a moins de 20 ans, il a été enrôlé dans une escouade des forces d’autodéfense juives dirigée par son frère Zeev pour patrouiller dans les environs de leur moshav où les pionniers ont signalé des rôdeurs. On est à l’aube des années 40. Alors que l’Europe commence à convulser, en Palestine mandataire Arabes et juifs s’affrontent, ces derniers étant soutenus par les Britanniques, administrateurs du territoire. Nissan a participé à la destruction de villages de paysans arabes, « tiré par les pieds des femmes accrochées au sol à s’en casser les ongles devant leurs enfants et leurs maris impuissants. Il en a vomi, cauchemardé ». Ce garçon long et maigre au visage rongé par une passion sombre déteste la guerre, il ne comprend pas pourquoi il faut tuer les Arabes mais il y va, il faut gagner cette terre. Ce jour-là pourtant, quand son frère met en joue un vieil Arabe venu récupérer dans un champ quelques légumes pour nourrir sa famille, il lâche son fusil, poussant le vieillard à fuir. Son frère lui-même exige qu’il soit traduit en cour martiale. » 2

Un coup de pied dans la poussière de Baptiste Fillon, Éditions Le bruit du monde

1 Marie Jouvin, Lire – Magazine Littéraire, mars 2025

2 Alexandra Schwartzbrod, Libération, 22 février 2025

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