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David Hockney

Des nageurs nus dans les piscines sud-californiennes aux polaroïds recomposant une signalisation de route, aux larges peintures de différents endroits de Los Angeles ou aux portraits de sa mère et de ses amis juste aux crayons de couleur, souvent les visages, le reste du corps simplement ébauchés, ou encore aux papiers photocopiés et assemblés en d’immenses paysages, plus récemment aux créations sur iPad puis imprimés en grands formats, parfois très grands formats, David Hockney, mélangeant les époques de l’histoire de l’art et les styles de ses prédécesseurs, aura tout essayé pour satisfaire sa curiosité du dessin et des couleurs. Des couleurs bien sûr, en impressionniste contemporain aux touches souvent malicieuses. L’artiste britannique met plus que tout en images son humeur du moment, chaque tentative nouvelle exprimant une quête inattendue qu’il décline alors avec allégresse jusqu’à la suivante, se riant de ses erreurs, les tournant d’ailleurs à son avantage. La série A Year in Normandy, région qu’il a désormais choisi pour une conversation coloriée, ainsi que pour domicile, projette un parcours de premiers tâtonnements sur écran tactile jusqu’à la maîtrise absolue de la technique, où foisonnements végétaux, instances climatiques variées à toute heure du jour ou de la nuit s’unissent en un chœur de tonalités franches. Comme le sont celles qu’il se plaît à toujours porter sur sa propre personne.

« A Bigger Splash, tube de la Tate, est resté à Londres mais Man in Shower in Beverly Hills (1964) est bien là : un homme, de dos, penché vers l’avant tourne la tête vers nous et nous observe à travers le feuillage d’une plante placée au premier plan. L’eau du pommeau rebondit sur son dos et vient rafraîchir le feu qui semble brûler ses joues. La baigneuse, figure qui traverse l’histoire de la peinture depuis des siècles, rencontre ici les modèles de Physique Pictorial, magazine homoérotique américain auquel Hockney se référera souvent. A travers un dialogue (jamais interrompu) avec la tradition picturale, Hockney développe son propre langage. » 1

  « Au-delà du temps, le peintre – qui se dit anglais et non britannique – signe ainsi son appétit de création, frais comme la jeunesse. Cet élan a débouché sur une maestria du dessin réinventé sur iPad, comme l’ont montrée « David Hockney. A Year in Normandie » en 2021 au Musée de l’Orangerie à Paris et « Hockney-Matisse. Un Paradis retrouvé » au Musée Matisse, l’été dernier. Comme tous les grands artistes, chaque exposition le dévoile autrement et enrichit le portrait. Magistral à la Tate Britain et au Centre Pompidou dans sa rétrospective, pour ses 80 ans en 2017. Marginal, insulaire, décapant et formidablement doué, dans cette approche plus intime, car venue du cœur de la collection du musée britannique envers lequel l’artiste a été plus que généreux. » 2

« Art chinois, manuscrits médiévaux, fauvisme, futurisme, psychédélisme… on n’en finirait pas d’énumérer les composantes. Ni l’inventaire des procédés employés seuls ou combinés : lithographie, photographie, photocopie, vidéo et art numérique sous toutes ses formes, de l’écran au tirage papier. L’atelier devient logiquement son motif principal puisque l’art d’Hockney ne traite plus guère que de cet art lui-même, de ses acrobaties de perspectives inversées, de sa prodigieuse mémoire et de sa fabuleuse facilité. Avec, de temps en temps, un ou des portrait(s) : sa mère qui vieillit, ses amis qui s’empâtent. » 3 

« Certes A Bigger Splash, son tableau le plus célèbre (et le plus cher pour un artiste vivant), figurant la gerbe d’eau qui jaillit d’un bassin à l’issue d’un plongeon, n’a pas fait le déplacement à Aix — « c’est notre Joconde », se justifient les conservateurs de la Tate. Mais les toiles et dessins proposés n’en sont pas moins passionnants parce qu’ils donnent à voir comment le peintre s’est emparé du sujet. Sans parler de Man in Shower in Beverly Hills (1964). Hockney y multiplie les points de vue, dans une remise en question de la perspective traditionnelle — thématique qu’il explorera plus largement dans les années 1980. Commence alors un dialogue enivrant avec Picasso et le cubisme, dont il reprend la fin du point de vue unique en représentant sur une même surface plusieurs points de fuite différents. » 4 

« Celia in Black Slip Reclining (1973), qui représente la styliste affalée sur un canapé, ressemble à un dessin académique à l’ancienne avec une touche postmoderne, évidente dans l’entrelacement subtil des couleurs et une qualité délibérément inachevée. C’est comme si Hockney avait décidé de s’arrêter au milieu d’un coup de crayon – ce qui n’a pas empêché ce portrait de devenir l’une de ses œuvres les plus populaires. Comme pour tous les dessins d’après nature, le succès des portraits de Hockney est en grande partie dû à son état d’esprit du jour. » (traduit de l’anglais) 5

« Hockney a 85 ans, et cela en fait soixante-cinq qu’il peint. De son énergie et de son travail artistique se dégage une vitalité intacte. Le Hockney tardif n’a rien cédé en productivité, et pour ce dernier projet en date, il a quitté la ferme qu’il habite dans la campagne française et est revenu à Londres, où il supervise l’installation de l’expo « Bigger & Closer ». S’il possède ce studio à Kensington depuis 1974, il confie ne s’être « jamais vraiment senti chez [lui] » à Londres. Il a toujours préféré ses longs séjours à Los Angeles et à Bridlington, dans le Yorkshire, et aujourd’hui en Normandie. Il est heureux là-bas, dit-il – pas de distractions. On peut se concentrer sur le travail. » (traduit de l’anglais par Courrier International) 6 

« David Hockney est chez lui en Normandie. On le sait depuis l’exposition du Musée de l’Orangerie en 2021, « A year in Normandie », l’artiste de 86 ans a acheté une ferme dans le pays d’Auge où il passe plusieurs mois par an. Il aime y peindre le passage des saisons, les floraisons des pommiers et des poiriers alentour. » 7

« L’ombre de Monet n’est pas loin. Hockney ne s’en cache nullement. De sa résidence normande, il s’est rendu à Giverny. Il avait pris avec lui l’iPad dont il ne se sépare pas. Durant une longue matinée, il a dessiné l’étang de Monet, les reflets sur l’eau, les nénuphars… Et, rentré à l’atelier, il a transposé à l’acrylique sur toile le dessin initialement fait sur iPad. C’est sans doute le tableau le plus beau et le plus significatif de cette exposition en dialogue avec les maîtres de l’impressionnisme. Il y a là une clarté, une luminosité des couleurs qui prouvent que l’émulation ressentie par le peintre dans ce duel chevaleresque avec Monet a porté ses fruits. » 8 

David Hockney pour la collection de la Tate Gallery à Aix-en-Provence ; exposition à la National Portrait Gallery ; exposition DavidHockney : Bigger & Closer ; Musée des Beaux-Arts de Rouen

1 Diane Lisarelli, Libération, 9 mai 2023

2 Valérie Duponchelle, Le Figaro, 20 janvier 2023

3 Philippe Dagen, Le Monde, 11 mars 2023

4 Yasmine Youssi, Télérama, 18 février 2023

5 Mark Hudson, The Independent, 1er novembre 2023

6 William Boyd, The Times, 7 janvier 2023

7 Cécile Jaurès, La Croix, 25 mars 2024

8 Jean Frémon, Madame Figaro, 15 mars 2024

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