Venancia est rwandaise d’origine, son fils Milan ne sait rien de ce qu’a été sa vie avant d’arriver en France. Elle refuse de parler à son fils du pays qu’elle a quitté et de ce qui s’y est passé ensuite. La télé parle pourtant de massacres et de fuite des populations Tutsi. Lorsque Claude, un cousin du même âge débarque chez eux, il cherche à comprendre la raison du gros bandage sur sa tête. Mais Claude ne parle pas, il reste ailleurs, malgré les efforts de Milan pour le dérider. Celui-ci est plus tard envoyé à Kigali. Il est aussitôt frappé par les différences culturelles qu’il découvre. Et puis il y a les gens qui se murent dans un profond mutisme dès ses demandes sur le passé, qui taisent les événements qui ont ensanglanté le Rwanda. Heureusement Stella, quand elle descend de son jacaranda mauve, est là pour rapporter les histoires bien plus heureuses de son arrière-grand-mère Rosalie. Milan devine cependant entre les lignes l’horreur que lie depuis dans le silence les anciens bourreaux et leurs victimes.
« Le traumatisme ouvre grand le trou de mémoire. Jacaranda raconte les raisons et les effets du silence sur quatre générations. Au centre, celle des enfants de 1994, qui ne comprenaient pas ce qui se passait et qui, survivants, se sont presque tous retrouvés exilés ; en amont, celles des parents et des grands-parents, qui ont perdu une grande partie de leurs familles ; en aval, celle des enfants nés après 1994, qui portent sans le savoir la mémoire traumatique en héritage. A celle-ci appartient Stella, qui passe son enfance solitaire sur les branches amicales de son jacaranda et, lorsque son arbre est abattu, se retrouve internée, incapable de vivre. Pour qu’elle réapprenne à parler, il faut que les autres lui parlent et puissent lui dire que, dans ce même arbre mauve, ont joué trois sœurs et un frère morts avant sa naissance. » 1
« Au printemps 1994, son narrateur, Milan, est élève en classe de sixième. Ce fils unique grandit « dans un pays en paix, protégé de toutes parts, ignorant la brutalité du monde, excepté celle qui arrivait par la télévision ». A Versailles-Rive-droite, il est entouré d’un père français, cadre dans une banque, et d’une mère venue en France en 1973 en provenance du Rwanda. Fou de musique, le héros de Gaël Faye prend de plein fouet les images des massacres au Rwanda en même temps qu’il apprend le suicide de Kurt Cobain. Et se retrouve à cohabiter avec un prétendu neveu, garçon silencieux qui a une blessure à la tête et pleure la nuit. » 2
« Le récit se déroule sur plusieurs années. Chaque date correspond peu ou prou à un voyage de Milan sur place : 1994, 1998, 2005, 2010, 2015, 2020. Au fil des pages, le Rwanda sort alors à grand-peine d’un silence de plomb. Des regards sombres s’échangent entre voisins. Outre Mamie, Claude et Sartre, Milan fait la connaissance d’Eusébie, amie de sa mère, dont il saura le parcours tragique. La famille de cette femme de pouvoir a été massacrée. Veuve, elle est la mère de Stella, adorable fillette souffrant de troubles post-traumatiques, bien que née après le génocide. » 3
« Fils d’un Français et d’une Rwandaise exilée en France depuis le début des années 1970, Milan, 12 ans, ne sait pas grand-chose de ce pays d’Afrique dont sa mère est originaire. « Le passé de ma mère était une porte close », nous raconte-t-il. Jusqu’à ce qu’un jour de 1994, après le génocide perpétré contre les Tutsis — un million de morts en trois mois —, sa famille héberge durant quelques semaines un orphelin rwandais de son âge, Claude, « blessé pendant la guerre ». Quatre ans plus tard, Milan atterrit avec sa mère à Kigali, la capitale, où elle n’avait pas remis les pieds depuis 25 ans. Pour l’adolescent, « [b]lanc comme neige » aux yeux des Rwandais, pendant ces deux mois d’été, le dépaysement sera total : poussière rouge, moustiques, bécosses, musique (highlife, afrobeat, funk, rumba), alcool frelaté et gamins des rues. Il y découvre aussi l’amitié et le poids des non-dits. » 4
« Avec ses branches qui s’étirent à la fois vers le sol comme vers le ciel et ses somptueuses fleurs d’un mauve tirant sur le bleu, le jacaranda occupait sans aucun doute une place de choix au cœur du jardin d’Eden. Ce jacaranda-là, celui du titre, avait poussé dans un tout petit pays qui, longtemps, a presque ressemblé au paradis, avant que l’enfer finisse par l’envahir. C’est là-bas au Rwanda qu’il avait poussé et grandi presque jusqu’à toucher le ciel. Pour Stella, qui était née bien après le génocide, sur une terre gorgée de sang et de secrets, le jacaranda c’était l’ami, le confident, la cachette. Et il n’était pas loin, l’arbre aux fleurs mauves, quand, encore nourrissonne, elle fut déposée dans les bras un peu tremblants de Milan, petit garçon métis, moitié de France, moitié d’ici, en quête de lui-même, en quête des siens. » 5
« Milan, 12 ans, fils unique d’un Français et d’une Rwandaise, a grandi dans la banlieue ouest de Paris et n’a jamais entendu sa mère évoquer son pays natal. Et puis à la télévision, un jour de 1994, on parle du génocide des Tutsis du Rwanda. Et alors ? Rien. Venancia demeure muette. Mais peu de temps après, elle annonce à son fils qu’il devra partager sa chambre avec le petit Claude, son neveu, arrivé du Rwanda blessé, tête rasée. Et dans leur face-à-face se reconnaît le talent de Gaël Faye à moduler d’émotions les voix de l’enfance. Sauf que Claude repart aussi soudainement qu’il était arrivé. » 6
« Milan a 12 ans et un quotidien de collégien qui doit justifier de mauvais résultats scolaires et passe ses vacances chez ses grands-parents, sur l’île de Ré. C’est à cette période que le Rwanda entre dans sa vie « par la télévision ». Le journal montre des « images de mort, de violence et d’exode ». Milan aurait pu, aurait dû entendre parler du Rwanda bien avant et bien autrement. C’est en effet le pays d’origine de sa mère. Mais celle-ci a toujours entretenu le plus grand silence à ce sujet, véritable tabou dans la famille. Le fils unique croit se trouver un frère, un ado accueilli dans la famille, qui disparaît aussi subitement et mystérieusement qu’il était entré dans sa vie, décidément pas aussi banale qu’il le pensait. Encore moins quand un jour, un été de l’adolescence, le rituel des vacances est bousculé : ses parents décident qu’il ira avec sa mère au Rwanda. » 7
Jacaranda de Gaël Faye, Éditions Grasset
1 Tiphaine Samoyault, Le Monde, 27 septembre 2024
2 Alexandre Fillon, Les Echos, 3 octobre 2024
3 Muriel Steinmetz, L’Humanité, 3 octobre 2024
4 Christian Desmeules, Le Devoir, 5 octobre 2024
5 Florence Dalmas, Le Progrès, 24 septembre 2024
6 Valérie Marin La Meslée, Le Point, 22 août 2024
7 Pascale Fauriaux, L’Écho Républicain, 13 septembre 2024