Ils sont tous là, Joëlle, l’institutrice pleine d’entrain et de bons sentiments trop empressés, le maire, qui se permet une bonne conscience, sinon sincère du moins électorale, Anne, la proprio de la supérette prête à aider, un verre toujours à portée, et son mari, exceptionnellement détourné d’autres lits, Hervé, le plombier du village bien campé dans son Breizh, bien qu’il soit d’Alsace, le garde champêtre, fan forcené de Johnny, pour accueillir les réfugiés ukrainiens annoncés. Mais d’Ukrainiens il n’en est pas questions. Le marché des réfugiés étant saturé, ce sont des Syriens qui débarquent à Paimpont à la surprise de ce tout petit monde. Les villageois reçoivent avec des sentiments variés la famille imprévue. Appréciée différemment suivant les convictions politiques qui animent la société en général, leur acceptation devient l’occasion de mettre en lumière les préjugés nauséeux de certains face aux coutumes si éloignées de leurs habitudes bretonnes. Le vivre ensemble ne restant qu’une lointaine expression encore trop remplie des peurs de l’autre.
« Bienvenue à Paimpont, petite ville bretonne sympathique où la tolérance et l’amour de son prochain semblent imposer leurs douces lois. Semblent seulement. Alors que la population se réjouit d’accueillir une famille de réfugiés ukrainiens (« Dès que la Russie a envahi l’Ukraine, nous nous sommes mobilisés », clame le maire de la commune), l’enthousiasme n’est plus tout à fait le même (euphémisme) quand c’est une famille syrienne qui débarque au pays du chouchen. Et si certains mettent tout en œuvre pour faciliter l’intégration des nouveaux venus, d’autres dissimulent mal leur hostilité. Voire ne la dissimulent pas du tout. » 1
« Paimpont, c’est un village de Bretagne dont (presque) tous les habitants sont impatients de pouvoir venir en aide à des Ukrainiens menacés par la guerre : logement pourvu, nourriture offerte par les épiciers, drapeau bleu et jaune hissé près de la mairie… Or, faute d’exilés venus de l’est, ce sont les Fayad, des réfugiés syriens, qui débarquent. Évidemment, la façade bienveillante s’effondre à la vue de la famille arabe : elle est accueillie par des regards fuyants, des sourires amers et même un tag anti- « barbares ». Malgré les efforts de Joëlle (Julie Delpy), l’institutrice, le ton monte, le plombier (Laurent Lafitte) sabote des canalisations et le maire (Jean-Charles Clichet) perd peu à peu le contrôle de la situation. » 2
« A Paimpont, l’harmonie règne entre l’institutrice moralisatrice, la propriétaire de la supérette sans personnalité mais branchée apéro, le plombier vaguement complotiste et le garde champêtre fan de Johnny. Alors, quand le maire de la ville propose d’accueillir des réfugiés ukrainiens, ils acceptent volontiers. Sauf qu’il y a erreur sur la personne et que les migrants ne sont pas ukrainiens… mais syriens ! » 3
« L’affaire s’avère épineuse pour le maire (génial Jean-Charles Clichet), apôtre tout en rondeurs de la synthèse, une version armoricaine de François Hollande. Pour ne rien arranger, il a accepté que l’opération soit suivie par des journalistes en vue d’un documentaire. À la gloire, pensait-il, de la générosité de ses administrés… Il lui faut gérer un petit monde mis en ébullition par quelques fortes têtes. L’institutrice Joëlle (Julie Delpy), le cœur bien à gauche, généreuse, mais donneuse de leçons invétérée. Anne (Sandrine Kiberlain), propriétaire lunaire de la supérette. Hervé (Laurent Lafitte), le plombier, un Alsacien devenu plus Breton que les Bretons, pas vraiment progressiste. Le garde champêtre Johnny (Marc Fraize), fan de… Johnny. » 4
« « Il ne leur restait plus d’Ukrainiens… » Consternation sur le visage du maire de Paimpont quand Joëlle, l’institutrice bien-pensante, lui annonce que les réfugiés que la municipalité a accepté d’accueillir ne sont pas ukrainiens comme prévu… mais syriens ! Faire de l’humanitaire, d’accord, mais cela dépend du visage qu’a la détresse du monde… Comment Anne, la propriétaire de la supérette qui picole pas mal, son mari infidèle, et surtout Hervé, plombier qui se la joue ultra-breton alors qu’il est alsacien, vont-ils se comporter avec leurs nouveaux voisins ? Surtout quand ils découvriront que Marwan était architecte dans son pays, sa fille, chirurgienne, et que le grand-père, lui, dira tout haut ce que tout le monde pense tout bas (les galettes de la crêperie du village sont immangeables) ? » 5
« Nous voici donc à Paimpont en Bretagne où toute la commune, émue par la guerre en Ukraine, fait jouer la solidarité et s’apprête à accueillir une famille de réfugiés ukrainiens… sauf que sur « le marché des réfugiés », ils sont « très demandés ». En lieu et place, des Syriens arrivent face à des habitants décontenancés. Changement de programme avec dignité sous l’œil des caméras d’une équipe de télé locale. Entre Joëlle (Julie Delpy), très enthousiaste et cheville ouvrière de leur arrivée, sa copine Anne (Sandrine Kiberlain), le maire qui voit ça d’un bon œil pour l’image de son village, Hervé (Laurent Lafitte), le plombier facho de son état… On est en plein dans la caricature. » 6
« Comédie joyeusement satirique en cinq actes. Devant et derrière la caméra, Julie Delpy explore la montée des mouvements identitaires en France en regardant interagir les habitants d’un village breton sans histoires qui, dans un grand élan de solidarité, ont accepté avec enthousiasme de voter l’accueil de réfugiés ukrainiens. Sauf que les réfugiés qui débarquent ne sont pas ukrainiens… mais syriens ! Car, réplique du film, « Les Ukrainiens sont très demandés sur le marché des réfugiés ! ». Mais ça ne plaît pas à tout le monde… » 7
« Institutrice altruiste, plombier raciste, maire macroniste, tout le monde en prend pour son grade. Du nanan pour les acteurs – Laurent Lafitte, India Hair, Sandrine Kiberlain ou le génial Marc Fraize –, impayables. La famille syrienne n’est pas en reste, portraiturée avec tendresse et piquant (merveilleux Fares Helou). Sous ses airs bordéliques et visuellement ingrats, la comédie est populaire et rusée : les images pleines de clichés d’une équipe de télé locale y cèdent la place à celles pleines de fraîcheur de la tante syrienne qui documente son expérience au smartphone, et un plan de Paimpont désert fait écho à celui du camp de réfugiés de Zaatari (Jordanie) qui s’étend à perte de vue. On rit jaune, certes, mais pas en Delpy du bon sens. » 8
Les Barbares de Julie Delpy, avec Julie Delpy, Sandrine Kiberlain, India Hair, Laurent Lafitte, Rita Hayek, Jean-Charles Clichet, Fares Helou
1 Olivier De Bruyn, Les Echos, 18 septembre 2024
2 Clément Colliaux, Libération, 18 septembre 2024
3 Clara Géliot, Le Figaro Magazine, 13 septembre 2024
4 Julien Rousset, Sud Ouest, 15 septembre 2024
5 Guillemette Odicino, Télérama, 21 septembre 2024
6 Aurore Chabaud, L’Est éclair, 22 septembre 2024
7 Fabienne Bradfer, Le Soir, 18 septembre 2024
8 Nicolas Schaller, Le Nouvel Obs, 19 septembre 2024