La New Rome de fin d’empire que Cesar Catalina, architecte génial aux maintes récompenses, imagine de reconstruire à partir de rien est en conflit permanent avec son maire, Franklyn Cicero. C’est bien sûr un New York évoqué en descente en décadence que Megapolis revisite suivant deux idéologies contradictoires, une envie de changement radical pour un monde plus généreux contre des traditions conservatrices conduisant à la chute inéluctable de la ville. Le jeune architecte providentiel contre le maire insensible au déclin de sa cité. Une rivalité farouche s’installe entre les deux hommes, alors même que Cesar et la fille du maire se lancent dans une histoire d’amour. Courses de chars démesurées, décors antiques exacerbés, célébrations débordantes et latin cérémonieux, la New Rome systématise les excès, le pouvoir extraordinaire de Catalina de suspendre le temps lui permettant de mieux en présenter les outrances et les fourvoiements.
« Dans un futur décadent, la ville de New Rome s’enfonce dans le désespoir. Deux visions s’opposent : César Catilina, architecte de génie entend construire une nouvelle cité, recommencer à zéro. Le maire Franklyn Ciceron prône une attitude conservatrice et la confiance en d’anciennes traditions. Sa fille Julia, entame une histoire d’amour avec César tandis que les fascistes rassemblent de plus en plus de voix. « Megalopolis » transpose dans un avenir indéterminé la rivalité de Catilina et Cicéron qui déchira la République de Rome. Coppola ne s’interdira ni les bacchanales, ni la course de chars, ni les dialogues cloutés de latin. Mais il va plus loin, des paysages en images numériques jaillissent, une main géante s’empare de la Lune, l’écran éclate en morceaux… » 1
« Dans une métropole décadente, Cesar Catilina, un brillant architecte, rêve d’une utopie pour tous. Franklyn Cicero, le maire conservateur, ne voit pas les choses de cet œil. Or Cesar a un avantage : il possède le don de stopper le cours du temps. Veuf éternellement endeuillé, Cesar entretient une liaison sans passion avec Wow Platinum, une vedette de la télé. Mais voici qu’après que Julia Cicero, la fille du maire, se fut intéressée à lui, Cesar se surprend à éprouver des sentiments. » 2
« Rien de moins que dans l’air du temps, « Megalopolis » est la vision d’une civilisation moribonde, mais aussi l’histoire d’un grand homme, celui d’un architecte, Cesar Catilina (Adam Driver), qui rêve d’un monde meilleur. Génie énigmatique (il a reçu le prix Nobel) à l’allure aristocratique et un sens du drame, Catilina vit dans une ville qui ressemble au New York d’aujourd’hui revisitée par une Rome antique, bien que rappelant surtout un plateau de tournage élaboré. Aussi familière que la Cinquième Avenue et aussi obscure que la face cachée de la lune, c’est un monde qui reflète son homologue réel en tant que parc pour les riches et prison pour les démunis. La ville hante Catilina ; elle l’inspire aussi. Ce dont rêve Catilina, c’est une « ville-école parfaite », dans laquelle les gens s’épanouissent. C’est une aspiration exaltée, apparemment aussi illimitée mais aussi protectrice que le ciel bleu, et qui invoque une longue lignée de rêveurs ambitieux et de maîtres d’œuvre. » (traduit de l’anglais) 3
« Ce projet titanesque prend forme dans la métamorphose d’une New York futuriste aux échos antiques, réminiscence d’une Rome glorifiée et infatuée, boursouflée par sa propre grandeur, jusqu’à la déchéance. Les prénoms des personnages eux-mêmes – César, Crassus, Cicéron – tendent un fil d’Ariane vers cet âge révolu de l’histoire romaine, tandis que le décor, dans son faste éclatant, convoque les excès et la magnificence des civilisations sur le point de s’effondrer. Sur l’écran, la vision est vertigineuse. Chaque image, chaque plan, déborde de vie et d’audace. La mise en scène est d’une richesse inouïe, saturée d’idées et d’inventions visuelles. Des jeux de lumière complexes sculptent l’espace, tandis que les images se fragmentent, se multiplient, se juxtaposent dans des éclats de split-screen, jusqu’à l’effondrement du quatrième mur. Une forme que Coppola entrelace de questions existentielles : le temps qui s’effrite, le pouvoir qui corrompt, la vanité des hommes, la quête d’utopie, la folie du démiurge qui veut plier le monde à son désir, la recherche du bonheur. » 4
« Coppola, qui a saturé son film de tout ce qui l’a intéressé depuis qu’il a commencé à travailler à son scénario (Sam Wasson, dans sa biographie, avance qu’il en aurait terminé un premier jet le 12 mars 1984) n’a ainsi pas affublé par hasard son protagoniste, l’architecte Cesar Catilina, du pouvoir mirifique d’arrêter le temps. Celui-ci, que les journaux de New Rome – la mégalopole mythologique, mi-New York mi-Rome antique, où se déroule le film – hésitent à qualifier de génie ou d’affabulateur, use moins du temps pour sa grande œuvre, une ville utopique qui viendrait recouvrir l’ancienne en déréliction, que pour prendre le temps de la réflexion. New Rome, et la société qui la peuple, ne doivent-ils pas changer pour ne pas mourir ? Megalopolis, qui assène sans cesse les grands discours et les citations (Marc-Aurèle, Shakespeare…), ne répondra jamais à la question de s’il est un fou toxique ou un héros pour les temps futurs. » 5
« Dans une Amérique imaginaire en pleine décadence, l’avenir de la ville de New York, rebaptisée New Rome, oppose César Catilina (Adam Driver), un architecte de génie qui rêve d’utopie et a le pouvoir d’arrêter le temps, et le maire archi-conservateur de la ville Franklyn Cicero (Giancarlo Esposito). Julia (Nathalie Emmanuel), amoureuse de l’un et fille de l’autre, se retrouve prise dans un conflit de loyauté entre les deux hommes. » 6
« Bienvenue donc à Megalopolis. La ville de New Rome doit absolument changer, ce qui crée un conflit majeur entre César Catilina (Adam Driver), architecte de génie ayant le pouvoir d’arrêter le temps, et le maire ultraconservateur Franklyn Cicero (Giancarlo Esposito). Le premier, personnage aux multiples facettes, rêve d’un avenir utopique idéal alors que le second reste très attaché à un statu quo régressif, protecteur de la cupidité, des privilèges, de la corruption et des milices privées. La fille du maire et néanmoins jet-setteuse Julia Cicero (Nathalie Emmanuel), amoureuse de César Catilina, est (évidemment) tiraillée entre son amant et son géniteur. Elle devra découvrir ce qui lui semble le meilleur pour l’avenir de l’humanité. » 7
« La chose s’appelle, pour être tout à fait clair, Megalopolis. Petit clin d’œil amusé et autoréflexif, sans doute, mais encore : grande farandole baroque, péplum des fins dernières, testament futuriste, ode à l’amour, chant pour l’humanité. Le grand huit de la pompe tragique et de l’effusion romantique. Cela se tient à New Rome. Entre l’antique, donc, et un futur proche. On se serait peut-être passé de la parabole romaine, de fait on l’oublie assez vite. Cela parle, pour l’essentiel, du déclin inéluctable d’une civilisation atteinte de la maladie mortelle des civilisations : l’arrogance, la luxure, le pouvoir confisqué, le bien commun assujetti à l’enrichissement de quelques-uns, la perte de sens. » 8
Megalopolis de Francis Ford Coppola, avec Adam Driver, Nathalie Emmanuel, Aubrey Plaza, Shia LaBeouf, Jon Voight, Laurence Fishburne, Talia Shire, Dustin Hoffman
1 Adrien Gombaud, Les Echos, 25 septembre 2024
2 François Lévesque, Le Devoir, 25 septembre 2024
3 Manohla Dargis, The New York Times, 26 septembre 2024
4 Nathalie Chifflet, L’Est Républicain, 25 septembre 2024
5 Olivier Lamm, Libération, 21 septembre 2024
6 Céline Rouden, La Croix, 14 mai 2024
7 Pierre Barbancey, L’Humanité, 25 septembre 2024
8 Jacques Mandelbaum, Le Monde, 25 septembre 2024