Y a pas à dire...

... ou mieux dit par d'autres

Alice Zeniter

Tout ne va plus très bien entre Tass et Thomas, elle perd patience à lui expliquer que la métropole n’est vraiment pas pour elle, que la Nouvelle-Calédonie est plus que sa terre d’attachement, mais l’archipel éloigné qui l’identifie véritablement. Le caillou d’aujourd’hui n’est cependant plus l’endroit de rêve de son enfance. Désormais professeure de français dans un lycée technique de Nouméa, elle comprend au travers de deux de ses élèves, Célestin et Pénélope, des jumeaux qui la confrontent souvent, que la jeunesse a des revendications pour son avenir qui n’ont plus l’hexagone comme seul ancrage. Lorsqu’ils arrêtent soudainement de suivre ses cours, elle part à leur recherche dans la mouvance indépendantiste, découvrant subséquemment une part inconnue de son propre héritage : un lointain ancêtre algérien envoyé au bagne calédonien par les colonisateurs de l’époque qui ressemblent, aux dires des séparatistes, à ceux qui les oppressent pareillement.  

« Tass, la trentaine, se réinstalle sur le Caillou après dix années de va-et-vient avec la métropole. Récemment séparée de Thomas, faute d’avoir pu s’entendre sur un lieu de vie commun, Orléans ou Nouméa, la professeure de français remplaçante retrouve son chat, le bien nommé Gras, sa mère, Pascale, métropolitaine restée en Nouvelle-Calédonie après la mort de son mari, son frère Ju, et Laurie, sa collègue et amie. Dans une classe de lycéens peu passionnés par son cours sur l’île des esclaves, de Marivaux, elle remarque Célestin et Pénélope, des jumeaux de 16 ans à l’allure fière. Quand ils cessent de venir en cours, Tass, qui a vu sur le bras de Pénélope un tatouage indépendantiste, part à leur recherche. » 1 

« Partir, c’est aussi revenir. Après sa rupture avec Thomas, Tass décide de quitter la métropole pour retrouver la Nouvelle-Calédonie, le territoire qui l’a vue naître. Y reprendre son poste de professeure, c’est appréhender différemment Nouméa et tous les lieux fréquentés par ses ancêtres depuis leur arrivée par bateau, quelques siècles plus tôt. Des histoires se dessinent, marquées par d’éternelles failles d’obscurité. Dans l’une de ses classes, des jumeaux disparaissent. Tass ne peut s’empêcher de partir à leur recherche, reconstituant également un pan de sa propre histoire. » 2

 « Tass enseigne la littérature dans un collège technique. Elle cache son trac. Ses élèves cuisent au feu doux de l’humide chaleur. Deux d’entre eux, frère et sœur jumeaux, la troublent au plus haut point. Ils sont l’axe de ce livre, qui a dû réclamer pour restituer fidèlement cette terre où Louise Michel, figure de proue de la Commune, fut déportée un travail de forçat. Sur son clavier, Alice Zeniter frappe une épopée en plusieurs dimensions, placée sous le signe du cagou, oiseau emblème de la Nouvelle-Calédonie, incapable de voler : le rôle du langage et ses codes secrets, l’évolution chahutée de l’écosystème, l’impossibilité du vivre-ensemble, le gouffre entre riches et pauvres, la philosophie difficile à saisir d’un groupe d’indépendantistes prônant l’« empathie violente »… De ce chaos surgit la figure fantomatique que Tass donc Alice est venue retrouver : ce lointain aïeul que la colonisation piétina et dont elle est issue, tout comme Casey. » 3

« Frapper l’épopée suit Tass, jeune femme née en Nouvelle-Calédonie d’une mère d’origine française. Elle vit à Orléans mais elle ne réussit pas à expliquer la Nouvelle-Calédonie même à Thomas, son compagnon. Son île natale reste méconnue, associée parfois à un paradis tropical qu’elle n’est pas. Elle retourne alors vivre à Nouméa, seule, avec son chat. Devenue professeur de français dans un lycée, elle est troublée par la présence dans sa classe de jumeaux beaux et fascinants, Célestin et Pénélope, qui ont sur le poignet de discrets tatouages avec des slogans indépendantistes. Quand ces jumeaux disparaissent dans la nature, recherchés par la police, elle part elle-même à leur poursuite. Le petit groupe indépendantiste kanak imaginé par Alice Zeniter prône une “empathie violente” comme de gratter jour après jour le socle de la statue représentant Jean-Marie-Tjibaou et Jacques Lafleur, ou l’action minuscule de cette masseuse kanake qui enfile les chaussures de ses clients, sous leurs yeux, pendant le massage. Déplacer, déranger mais sans violence. » 4 

« Née en 1989, Tass n’a pas connu la décennie de violence qui a traumatisé l’archipel, en particulier la prise d’otages d’Ouvéa. Elle est extérieure aux revendications qui s’expriment de plus en plus ouvertement après trois référendums vains. Quelles conclusions tire la population du mantra « L’Etat français nous ment » ? Que recouvre le terme en vogue de « terrorisme empathique » ? Les fréquentations de l’enseignante appartiennent-elles aux groupes indépendantistes ? Que font les fascinants jumeaux kanaks de sa classe une fois les cours terminés ? Lorsque Célestin et Pénélope manquent à l’appel, Tass se lance à leur recherche, de Nouméa à Bourail. Sa quête débouchera sur une révélation prodigieuse à propos des origines improbables de ses ancêtres. » 5

« Pour incarner les questions qui se posent dans les relations entre la Métropole et cette dépendance, la romancière a choisi, comme une évidence, un personnage féminin. Désignons-la comme héroïne puisqu’elle porte le récit à travers ses origines, ses choix, sa quête : Tassadit Areski, qu’on appelle rarement par son prénom complet – elle est Tass, pour tout le monde et pour nous aussi –, a souvent fait le long trajet entre Nouméa et Paris. Son empreinte carbone est catastrophique, mais « elle estime que les îliens ne devraient pas avoir à rendre les mêmes comptes que les continentaux ». Bon sens ou mauvaise foi ? On a d’autant moins envie de trancher qu’elle revient pour de bon, un peu inquiète de sa réacclimatation à l’été austral alors qu’elle vient, en février, de quitter la neige et le grésil. Réchauffement climatique ou pas, le contraste reste saisissant. Elle n’a pas seulement quitté un continent, elle s’est aussi affranchie de l’amour qui la liait encore, mais de moins en moins, à Thomas. Leur relation s’était effilochée au fur et à mesure que grandissait l’incompréhension de celui-ci devant l’attachement de Tass à la Nouvelle-Calédonie, son côté de la planète. « Elle n’a jamais eu l’impression d’être à sa place de l’autre côté. » » 6

Frapper l’épopée d’Alice Zeniter, Éditions Flammarion

1 Sophie Joubert, L’Humanité, 29 août 2024

2 Marie Jouvin, Lire – Magazine Littéraire, septembre 2024

3 Pierre Vavasseur, Le Parisien (Week-End), 6 septembre 2024

4 Guy Duplat, La Libre Belgique, 14 août 2024

5 Isabelle Lesniak, Les Echos, 20 août 2024

6 Pierre Maury, Le Soir, 17 août 2024 

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