Les lebensborn, projet sinistre du Reichsführer Heinrich Himmler, avaient pour objectif de produire de « purs » petits aryens dont la seule destinée était la délirante marche nazie sur les champs de bataille. Dans ce programme halluciné, celui de Heim Hochland, en Bavière, fait se rencontrer trois personnages qui avaient peu de chances de se croiser. Une jeune Française des environs de Caen, Renée, chassée de son village et tondue parce qu’enceinte d’un soldat allemand, Artur, qui la laisse sans nouvelle une fois envoyé sur un autre front, une bonne sœur ou « Schwester », Helga, dont les doutes progressifs sur cette folie nataliste la poussent vers plus de sollicitude envers les futures mères et leurs enfants juste nés, et Marek, prisonnier polonais du camp de Dachau, forcé à travailler jusqu’au bout de ses forces dans ce même lebensborn où se trouvent les deux femmes. La fin de la guerre est proche, bientôt les Américains libèrent l’endroit, les souffrances n’en sont pas moins terminées.
« On fait d’abord connaissance avec Renée, jeune Française tondue parce qu’elle a eu le malheur de s’éprendre d’un soldat allemand et qui atterrit dans le Heim Hochland, en Bavière en 1944 afin depoursuivre sa grossesse non désirée. Ensuite, Schwester Helga prend le relais. Helga est une infirmière appliquée, dans les petits papiers d’Himmler. La troisième voix de ce roman suscitant l’effroi à bien des égards est masculine : Malek, un ex-“pensionnaire” deDachau, manutentionnaire de l’endroit et vivant dans des conditions atroces. Forte d’un travail de documentation dantesque, l’autrice de Bye Bye Elvis nous partage ainsi l’horaire des futures mamans, où le premier allaitement en silence est à 5 heures du matin et où l’activité de la communauté le 9 septembre 1944 est consacrée à la lecture à voix haute de Mein Kampf. » 1
« Dans ces pouponnières imaginées par Himmler, que l’on compte par dizaines dans toute l’Europe du Nord – jusqu’en France ! -, des nurses bercent des nourrissons, futurs « seigneurs de la guerre » nazis. Leurs mères aryennes, célibataires ou veuves enceintes de SS, y sont choyées le temps de leur grossesse. Puis elles repartent, laissant leur progéniture aux bons soins du personnel. Qui s’en débarrasse s’il constate la moindre » tare « . À l’approche de la défaite de l’Allemagne, le projet des Lebensborn se déglingue, les mères et leurs petits affluent de partout, les nazis, affolés par leurs pertes, enlèvent des enfants blonds jusqu’en Pologne et les déclarent » orphelins » pour tenter de réarmer les troupes de la prochaine génération. Le rêve prend l’allure du cauchemar qu’il a toujours été. » 2
« Là, tout n’est qu’ordre et beauté… ? Ordre, surtout, comme il apparaîtra après que Renée, précisément, a trouvé là, au « Heim Hochland », en Bavière, un foyer accueillant. Pour celle qui, en France, avait fauté jusqu’à porter l’enfant d’un soldat allemand, le séjour au pays de son amant est une délivrance. L’enfant naîtra dans les meilleures conditions qu’il puisse avoir en ces temps de guerre qui, si elle semble en septembre 1944 sur le point de se terminer, n’a pas fini de sévir. Renée garde même l’espoir de retrouver le père de son bébé, plus tard. Elle est dans la peau d’une privilégiée et, en outre, les crépuscules sont magnifiques… Certes, les horaires sont strictement imposés, Renée a appris à lire suffisamment l’allemand pour comprendre les étapes immuables de chaque journée. Mais c’est pour son bien et celui de son enfant… » 3
« C’est en 1944, dans l’une ces étranges maternités à Heim Hochland en Bavière, que finit par arriver Renée, une jeune Française tombée amoureuse, et inévitablement enceinte, d’un soldat allemand reparti mener une guerre que tous savaient pourtant désormais perdue. Si la future maman, au vocabulaire allemand très limité, apprécie de se retrouver dans ce lieu en apparence paisible où les femmes sont soignées, assistées, presque choyées, elle prend peu à peu conscience que dans cette maternité pas comme les autres, toutes les vies n’ont pas la même valeur. Et alors que la fin de la guerre s’éternise dans un déferlement de destruction et de violences, les habitantes de Heim Hochland sentent rapidement grandir la menace engendrée par l’inexorable avancée des Alliés. Quel sera le sort de ces femmes, mères, infirmières, sages-femmes quand s’écroulera enfin ce Troisième Reich qu’elles avaient cru contribuer à faire entrer dans l’éternité ? » 4
« Septembre 1944 dans le Heim Hochland en Bavière. Renée, 16-17 ans, est la seule Française parmi les dizaines de femmes enceintes regroupées en ce lieu pour mettre au monde leur enfant, en majorité des filles-mères, mais aussi des épouses d’officiers SS. Le géniteur du sien est un jeune soldat allemand dont elle est tombée amoureuse quelques mois auparavant. Dans la fuite de son village normand, elle a été tondue par des résistants avant de faire escale à Lamorlaye, au nord de Paris, dans l’unique foyer Lebensborn français, ces maisons où les nazis faisaient naître des parfaits Aryens. » 5
« C’est semblable tension oxymorique inapaisable, parfois même insoutenable, qui hante La Pouponnière d’Himmler, de la romancière et universitaire belge Caroline de Mulder, récit choral consacré à la vie quotidienne, l’année 1944, dans le Lebensborn de Heim Hochland (Bavière), une de ces « fontaines de vie » sous parrainage himmlérien conçues pour débiter à cadence d’éperonnage du poupon aryen, garanti génétiquement pur et voué, avant la mort au champ des héros, à une stricte éducation hitlérienne. Entre 1936 et 1945, une trentaine de ces lieux ouvrirent, de la Norvège aux Ardennes, pour donner naissance à près de 8 000 poupons germanoïdes. » 6
« Le récit, qui se déroule de septembre 1944 jusqu’à quelques mois après l’arrivée des Américains au printemps 1945 dans le Heim Hochland, en Bavière, s’articule et se construit autour de trois personnages. Leur nom introduit tour à tour de courts chapitres dont l’intensité narrative augmente à mesure que l’étau de la guerre se resserre : Renée, adolescente de 16 ans, « pute à Fritz » tondue et chassée de son village normand, enceinte d’un SS dont elle attendra en vain des nouvelles ; Helga, infirmière tiraillée entre son dévouement au Reich et son empathie pour la souffrance des mères, dont les convictions seront bientôt anéanties par la découverte de documents accablants ; Marek, résistant polonais passé par Dachau qui travaille dans des conditions inhumaines à la construction de bâtiments nécessaires à l’afflux d’enfants, hanté par le souvenir de sa compagne. » 7
La Pouponnière d’Himmler de Caroline de Mulder, Éditions Gallimard
1 Philippe Manche, Le Vif/L’Express, 4 avril 2024
2 Élise Lépine, Le Point, 14 mars 2024
3 Pierre Maury, Le Soir, 6 avril 2024
4 Florence Dalmas, Le Progrès, 2 avril 2024
5 Michel Paquot, L’Avenir, 31 mai 2024
6 François Angelier, Le Monde, 29 mars 2024
7 Véronique Cassarin-Grand, L’Obs, 21 mars 2024