Chaque mercredi, son Dadé l’amène contempler un chef-d’œuvre du Louvre, d’Orsay ou de Beaubourg. Mona, 10 ans, a été plongée pendant plus d’une heure dans le noir, le mal inconnu a terrifié sa mère. Elle n’a peut-être plus qu’un an à se mettre plein la vue de beautés avant qu’elle ne la perde, la vue. 52 merveilles d’art à se souvenir une fois ses yeux éteints comme l’invite en secret de ses parents son grand-père. Le vieil homme, fantasque et handicapé lui-même, détaille en amateur éclairé les intentions des artistes pour les pièces choisies tandis que sa petite-fille, elle, ne voit que raison à déclarer ses émotions enfantines devant chacune d’elles. Les Yeux de Mona devient donc une sorte de débat entre les deux, entre l’expertise et le ressenti, entre la maîtrise de l’interprétation et la liberté de simplement aimer ou pas, de les associer à des expériences de fillette. Thomas Schlesser est un philosophe en plus d’être un historien de l’art, des citations philosophiques et littéraires, mais pas que, s’immiscent ainsi dans leurs échangent. Au long des 52 chefs-d’œuvre, l’œil de Mona s’affine sur leur beauté, recueillant leur rayonnement avant les possibles ténèbres.
« Une tragédie en trois actes et trois musées, avec une unité de temps, 52 semaines, soit autant d’œuvres que le grand-père veut faire découvrir à Mona, sa petite-fille, frappée d’un mal mystérieux. Elle a « de l’or dans les yeux » mais, par moments, un voile noir tombe et elle devient aveugle. Ses parents sont désemparés, mais « Dadé », son grand-père Henry, ex-reporter de guerre « aux penchants brumeux », invente pour elle une muséothérapie. Au lieu de la conduire chez le psy, il l’emmène au musée, c’est un secret entre eux et, à ce pacte, le vieil homme ajoute un protocole : ils n’iront pas voir tout le Louvre, mais un seul tableau, une fois par semaine. » 1
« Les Yeux de Mona ne s’inscrit certes pas dans le tragique de notre époque, marquée par l’autofiction et les romans noirs. Son histoire : Mona, 10 ans, est une fillette comme les autres. Mais, un jour, « tout devint sombre. Ce fut comme un habit de deuil ». Mona ne voit plus rien pendant 63 minutes. À l’hôpital, les médecins lui font passer une batterie de tests, en vain. Risque-t-elle la cécité ? Sans véritable diagnostic, le suivi d’un pédopsychiatre pour « l’équilibre psychique » de l’enfant est recommandé. Alors que la maman demande à Henry, le grand-père de Mona, d’accompagner sa petite-fille à ses séances, celui-ci décide de l’amener au musée une fois par semaine. Si Mona doit perdre la vue, elle gardera le souvenir de la beauté. » 2
« Le mercredi, ce duo se rend donc dans les collections permanentes du Louvre, d’Orsay et de Beaubourg pour découvrir, à chaque fois, une seule et unique œuvre. Le livre en compte 52, offrant un panorama de l’histoire de l’art de Botticelli à Soulages. « Si, par malheur, Mona devenait un jour aveugle à jamais, elle jouirait au moins d’une sorte de réservoir, au fond de son cerveau, où puiser des splendeurs visuelles », lit-on dans le roman. » 3
« Initiation à l’art, cette incroyable histoire découpée en 52 tableaux est aussi une formidable aventure humaine entre Henri, surnommé Dadé, un grand-père fantasque et érudit, et sa petite-fille Mona, dont la vie va basculer avec l’angoisse de perdre la vue. Face au drame, le vieil homme en est persuadé, ce n’est pas d’un psy que l’enfant a besoin mais d’art. Il décide de l’initier aux beautés du monde, et les voilà partis chaque mercredi sillonner trois musées parisiens. À chaque visite, une nouvelle œuvre. Beaucoup de toiles mais aussi des sculptures, des objets. La plupart signés de stars, d’autres, par des noms inconnus du grand public, comme Cameron ou Höch. » 4
« Comme ça, si elle devait réellement devenir aveugle, au moins aura-t-elle vu l’essentiel. Pendant 52 semaines, Mona ira ainsi au musée tous les mercredis après-midi avec son Dadé. Des visites au cours desquelles elle contemplera chaque fois une œuvre différente pour ensuite écouter tout ce que son grand-père a à dire à son sujet, qu’elle soit signée Botticelli, Rembrandt, Watteau, Goya, Manet, Mondrian, Pollock ou Basquiat. » 5
« « Tout devint sombre. » Le roman commence avec cette phrase funeste qui laisse entrevoir le pire. Sans crier gare, Mona perd la vue. Momentanément, du moins, puisqu’elle la retrouve près d’une heure plus tard. Ses parents l’emmènent immédiatement chez le médecin qui lui fait subir toute une batterie de tests. Celui-ci recommande également qu’elle consulte un psychiatre. C’est à son grand-père Henry que sera confiée la tâche de l’amener à ses rendez-vous hebdomadaires. Mais celui-ci, passionné d’art, a une tout autre idée en tête. « Si, par malheur, Mona devenait un jour aveugle à jamais, elle jouirait au moins d’une sorte de réservoir, au fond de son cerveau, où puiser des splendeurs visuelles », se dit-il. Ainsi, il lui propose plutôt de se rendre avec lui tous les mercredis dans l’un des grands musées de Paris, à l’insu de ses parents, et de découvrir une seule œuvre à la fois. » 6
« Au moins, si Mona devait perdre la vue, ce que son grand-père Henry redoute autant qu’elle, elle aura accumulé un capital d’images puissantes dont elle n’oubliera rien. Les trois musées dont Henry a fait son programme regorgent de pièces inoubliables et présentent, pris dans l’ordre où ils seront visités, l’avantage de tracer une ligne chronologique dans l’histoire de l’art, donc dans l’histoire de l’humanité. De Sandro Botticelli à Pierre Soulages, en passant par des créateurs incontournables et quelques autres moins célèbres, toute une éducation se fait ainsi au fil des semaines : l’œuvre est à chaque fois décrite en détail, telle que Mona la regarde pendant une durée variable, le temps qu’elle juge nécessaire, puis la conversation s’installe. Qui est l’artiste ? Comment se situe-t-il dans les mouvements artistiques de son temps ? Dans la société où il vivait ? Quelles leçons en tirer ? » 7
Les Yeux de Mona de Thomas Schlesser, aux Éditions Albin Michel
1 Thierry Dussard, Le Télégramme, 31 mars 2024
2 Alice Develey, Le Figaro, 1er février 2024
3 Anne-Laure Walter, La Tribune Dimanche, 4 février 2024
4 Sandrine Bajos, Le Parisien, 4 février 2024
5 Karine Vilder, Le Journal de Montréal, 2 mars 2024
6 Laila Maalouf, La Presse, 24 février, 2024
7 Pierre Maury, Le Soir, 10 février 2024