Accompagné des dessins flamboyants d’Aline Zalko, Le Ciel ouvert collecte principalement d’anciens posts sur les comptes sociaux de l’auteur. Ils n’ont, à première vue, rien en commun, ils s’éparpillent parfois sans projet, s’occupent de menus événements d’une journée, rappellent des petites attentions pour son fils. L’amour les rapproche en thème conciliateur. L’amour filial bien sûr, mais surtout l’autre. Celui qui naît et qui s’enflamme, celui qui se délite aussi. L’amour d’hier, de maintenant, de demain. L’amour plein du chaos des passions. L’amour pour une femme pas libre. L’amour adultère avec ses moments volés, son intensité pressée, ses manœuvres sur l’instant, ses jouissances sans retard. Le même amour ensuite qui n’en peut plus de trop d’accommodations concentrées, des possibilités qui s’impatientent. L’amour où l’attente rêvée finit par proposer mieux que les retrouvailles des corps. Où le désir devient colère. L’amour consumé par l’indifférence du temps.
« En exergue à ce recueil qui rassemble plusieurs des textes dont il nourrit son compte Instagram depuis quelques années, Nicolas Mathieu cite Victor Hugo : « J’appartiens sans retour à cette sombre nuit qu’on appelle l’amour. » Mais à chaque page, l’écrivain si doué pour saisir le quotidien tel que le façonne l’époque, si bon portraitiste des corps en mouvement, met des mots sur une usure, une fatigue, une impuissance partagées. Il rend sensible « cet empire de la vitesse et des petits arrangements », les exigences et le poids de la vie matérielle, « l’infernal trafic de sentiments ». Oui, l’amour est souvent le sujet de ces fragments qui égrènent des difficultés et des pertes, mais le pire ennemi, c’est le temps. » 1
« Nicolas Mathieu parle avec justesse du désir, de l’étreinte, de la distance, de l’éloignement et du manque, conscient que « l’amour est un jeu de patience ». Il n’oublie jamais de regarder autour de lui, d’observer les hommes, les femmes et les lieux. De détailler, d’écouter et raviver les images de l’enfance. En arrivant à rendre compte de l’étrange ballet dansé inlassablement par des êtres devant composer et recomposer. S’efforcer d’être des adultes qui font ce qu’ils peuvent, de leur mieux, en affrontant ce fichu quotidien qui ne vous épargne pas, avec ou sans armes. » 2
« En 120 pages rythmées par les crayonnés colorés d’Aline Zalko, Nicolas Mathieu renoue avec le chant le plus pur de la poésie amoureuse d’inspiration néoplatonicienne. Il chante le Très haut amour de Catherine Pozzi ; entre douleur et plaisir, jouissance et désillusion, il revisite les couples contraires des sonnets de Louise Labbé, exalte leur coïncidence finale, quand l’un devient l’autre. » 3
« Des petits blocs de textes astucieusement assemblés sous une belle couverture mate, zébrée par les couleurs incendiaires d’Aline Zalko, illustratrice de renom, un beau petit format à glisser dans la poche : il est rare de définir un objet littéraire en commençant par l’enveloppe. Surtout quand tout démarre sur les réseaux sociaux, où Nicolas Mathieu s’est fait un second nom depuis 2012. Essentiellement sur Instagram. » 4
« Pas d’oubli, pas de pardon, juste le souvenir comme une marée qui oublierait de se retirer. Et d’autres choses encore, plus tard, lorsque tout sera quand même plus ou moins consumé : un enfant qui grandit, un père qui s’enfonce dans sa nuit, des trains, des chambres d’hôtel, la province comme une chanson mélancolique, les années, l’élancement du désir, nos vies secrètes… » 5
« Lire Nicolas Mathieu, c’est un peu comme passer une soirée avec un vieux copain et parler jusqu’à pas d’heure. De la vie qui passe, de l’enfant qui grandit, de nos amours, passées, présentes et peut-être futures, qui rendent fous, nous brûlent de douleur ou nous portent comme jamais. L’écrivain ne s’en cache pas : il aime comprendre comment marche la vie. Alors, porté par sa plume d’une indicible délicatesse, sans tabou, avec justesse, il l’ausculte. La sienne, la nôtre. » 6
Le Ciel ouvert de Nicolas Mathieu, illustrations de Aline Zalko, Éditions Acte Sud
1 Virginie Bloch-Lainé, Libération, 10 février, 2024
2 Alexandre Fillon, Sud Ouest, 18 février 2024
3 Sébastien Lapaque, Le Figaro, 22 février 2024
4 Pascal Salciarini, L’Est Républicain, 16 février 2024
5 Olivier Mony, La Tribune Dimanche, 18 février 2024
6 Sandrine Bajos, Le Parisien, 4 février 2024