Brillant élève, diplômé de l’École Normale Supérieure et licencié ès lettres, Jean Richepin s’engage dans les francs-tireurs pendant la guerre de 1870. Y ayant découvert la liberté et les laissés pour compte de la société, il s’essaye au journalisme, devient professeur puis matelot et docker à Naples et à Bordeaux. Son errance l’emmène dans les cafés du quartier Latin où il s’y fait vite remarquer par ses extravagances et ses outrances. Il oublie ses hautes dispositions académiques pour se recréer une origine vagabonde. Devenu poète fantasque parmi ses paires de la deuxième moitié du 19ème siècle, ses vers célèbrent l’âpre, le brutal, le heurté. La Chanson des gueux qui sort en 1876 lui vaut un mois de prison et cinq cents francs d’amende pour atteinte à la morale. Et la célébrité.
« Jeune normalien, Jean Richepin, après s’être engagé dans les francs-tireurs durant la guerre de 1870, se fait remarquer au quartier Latin par ses excentricités qui dénotent un mépris des conventions sociales. Son premier recueil poétique, La Chanson des gueux (1875), obtient un très vif succès de scandale. Sa révolte sincère s’y exprime avec beaucoup de facilité et de violence. » 1
« Sa vie marginale lui inspire son premier recueil de poésie, un ouvrage provocateur, « La Chanson des gueux », publié en 1876. L’ouvrage fait scandale à sa sortie car Jean Richepin, tel un Villon moderne, y dépeint un peuple semblant tout droit sorti de la Cour des Miracles. « La Chanson des gueux » lui coûte 500 francs d’amende et un mois de prison : « J’entends parler de l’Art pur, de lui seul, écrit-il dans la préface du recueil. Sans doute, on trouve des écrivains qui emploient des moyens artistiques pour propager des théories politiques, sociales, morales, et il va sans dire doivent des comptes à d’autres qu’à la Critique ». Le succès est au rendez-vous. Néanmoins, il faudra attendre 1964 pour découvrir les passages censurés « une scène d’amour entre un clochard et une clocharde. A la manière de Villon, l’ouvrage dénonce la misère des villes et des campagnes. » 2
« Ses héros et ses inspirateurs sont Pétrus Borel, poète maudit mort de faim à Mostaganem, Charles Baudelaire, et surtout Jules Vallès, le réfractaire. Richepin a désormais rejeté le joug des conventions et de la culture, il célèbre l’instinct, vante complaisamment, et non sans ridicule, sa force physique, sa virilité, et à partir d’une prétendue hérédité bohémienne et « touranienne », se bâtit une biographie imaginaire et riche en couleur. Un an plus tard, le grand public découvre soudain Richepin avec La Chanson des gueux (1876), qui déchaîne les foudres de la justice : le livre est saisi et l’auteur condamné à un mois de prison pour outrage aux bonnes mœurs. Il avait conquis la célébrité. » 3
« Richepin disait : « La poésie c’est la science de la conscience humaine ». Oui, elle permet de sonder les profondeurs de l’humanité, de mieux envisager le monde, c’est-à-dire de le voir comme il est, avec le visage qu’il a. C’est pour ça qu’elle est indispensable, et c’est pour ça qu’elle est encore à créer, pour éclairer le chemin ! » 4
« De son immense production poétique (onze volumes de vers), on a retenu quelques poèmes de la Chanson des Gueux – pour laquelle on l’avait privé de ses droits civils et condamné à un mois de prison et cinq cents francs d’amende. On se souvient aussi des Blasphèmes (1884) dont le but primordial aurait été d’attirer l’attention du public. » 5
La Chanson des gueux de Jean Richepin
1 Antoine Compagnon, Encyclopædia Universalis
2 Mireille Héros, Académie de la Poésie Française
3 Jacques Patry, La République des Lettres
4 Rémo Gary, Revue d’Histoire du XIXe Siècle
5 Alphonse Roche, Revue belge de Philologie et d’Histoire