Y a pas à dire...

... ou mieux dit par d'autres

Cédric Kahn

Une vraie galère de faire un film ! Quand ce ne sont pas les techniciens qui menacent de faire grève comme les ouvriers de l’histoire du film, c’est le producteur qui l’embobine et disparaît, quand ce n’est pas la star qui se la joue, c’est la femme du réalisateur, Simon, qui le quitte en plein milieu de la réalisation. Celui-ci, qui est au bord de tout foutre en l’air donne pratiquement les clés du tournage à un jeune gars du quartier, un fou de cinéma qui croupit dans une pizzeria. Au point où on en est…

« Sous la pluie battante, une vieille voiture percute une grille. Nous sommes sur un tournage : Simon, réalisateur, reconstitue le combat d’ouvriers qui ont décidé de s’opposer, par la force, à la fermeture de leur usine. La première scène de « Making of » sert de parabole. Si faire un film revient à enfoncer des portes, Simon (Denis Podalydès) s’attaque à des murailles. Rien ne se passe comme prévu : son producteur le mène en bateau, ses financiers l’abandonnent, son équipe se déchire et sa star fait… la star. Pendant ce temps, loin du tournage, son couple part en morceaux. Au cœur de la tempête, entre deux prises et trois crises, Simon fait la connaissance de Joseph (Stefan Crepon), un jeune homme du coin qui rêve de cinéma. Il décide de lui confier le making of de son film… Mais, cette fois, Simon jure que c’est le dernier. On ne l’y reprendra pas : après ça, il arrête le cinéma ! » 1

« « Making of » raconte comment un réalisateur doit soudain faire son film avec moins d’argent que prévu. Il se retrouve à couper dans son scénario, demande à l’équipe de travailler sans salaire pendant deux semaines… « Sur un film dans lequel je jouais, le chef électro a un jour coupé le groupe électrogène en disant qu’il ne ferait pas d’heures supplémentaires », se souvient Valérie Donzelli. « Quand j’ai débuté Making of, je n’avais pas tout le budget, précise Cédric Kahn. Alors j’ai réduit le temps de tournage, j’ai demandé à l’équipe technique de faire de la figuration et les acteurs ont fait des efforts sur leurs salaires. » » 2

« Un chaos de chaque instant, des affects exacerbés, dignes (sensibilité, solidarité) ou un peu moins dignes (vanité, paranoïa), des moyens fatalement insuffisants, des conflits tous azimuts… Et au centre de ce champ de mines, un frêle cinéaste qui, vaille que vaille, essaie de rester fidèle à ses intuitions artistiques. » 3

« Simon veut raconter la lutte d’ouvriers victimes d’un plan de licenciement, qui tentent de s’organiser pour reprendre leur usine en autogestion. Mais ce qui nous est donné à voir de sa réalisation ressemble à la forme la plus académique que l’on puisse donner à un film de grève, et le tournage tout entier finit par virer au désastre. Mécontents de découvrir que le scénario ne s’achève pas sur un happy end, les financeurs retirent leurs sous. L’équipe entière se retrouve sur le carreau, se demandant si elle doit continuer le tournage sur ses fonds propres, en miroir des employés de l’usine. Et pendant qu’a lieu le naufrage, Joseph (Stefan Crepon), employé de pizzeria la nuit et stagiaire sur le plateau le jour, filme les coulisses après que le réalisateur a mis entre ses mains une petite caméra. » 4

« Simon voudrait tellement pouvoir raconter l’histoire de ces ouvriers prêts à tout pour sauver leur usine. Pour un peu, il jurerait que ce sera son dernier film. Ses espoirs reposent désormais dans le making of dont est responsable un certain Joseph. « C’est le fils de qui ? », s’interroge le metteur en scène, pas vraiment dupe des us et coutumes de son milieu. Réponse : de personne. Le garçon est un pizzaïolo passionné de septième art. Tout arrive. » 5 

« Le film que réalise Simon s’intéresse à l’occupation d’une usine et à l’hypothèse d’une gestion coopérative, tandis que derrière la caméra les conflits salariaux se multiplient et mènent à LA scène du film : ce moment attendu où la mise en abyme atteint son point culminant, et où un machino sort de l’ombre pour remettre les pendules à l’heure avec Jonathan Cohen. Le filtre de la fiction disparaît alors presque tout à fait pour laisser place à l’impression d’assister à une véritable scène d’intimité au cœur du cinéma français, un truc qui ne passerait dans aucun making-of. » 6

Making Of de Cédric Kahn, avec Denis Podalydès, Jonathan Cohen, Emmanuelle Bercot, Valérie Donzelli, Xavier Beauvois, Stephan Crepon, Souheila Yacoub

1 Adrien Gombeaud, Les Echos, 10 janvier 2024

2 Catherine Balle, Aujourd’hui en France, 10 janvier 2024

3 Julien Rousset, Sud Ouest, 10 janvier 2024

4 Samuel Gleyze-Esteban, L’Humanité, 10 janvier 2024

5 Éric Neuhof, Le Figaro, 10 janvier 2024

6 Laura Tuillier, Libération, 10 janvier 2024

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