Y a pas à dire...

... ou mieux dit par d'autres

Pierric Bailly

Julien, que l’on appelle John en souvenir de son grand-père, est berger dans le Haut-Jura. Seul sur ses sommets, rien que l’inaccessible et les orages et leur foudre pour le transporter. Tout va bien, aucune raison donc de redescendre. Pourtant il redescend et décide même de tout vendre, troupeau et chiens qui vont avec, pour rejoindre sa compagne Héloïse à la Réunion. Presque sur le départ, il tombe sur un article du journal local. Son ancien ami de lycée qu’il n’a pas revu depuis plus de vingt ans est accusé du meurtre d’un chasseur. Malgré les années, Julien reste attaché à cet ami si populaire et sensible, tellement différent de lui, qu’il cherchait souvent à imiter. Jusqu’à son rire. Il se rapproche de sa femme Nadia et de leurs deux enfants. Une passion amoureuse entre lui et celle-ci lui fait prendre la place du condamné dans la famille.

« Julien, alias John, est berger dans le Haut-Jura. Il s’apprête à vendre ses 317 brebis, ses huit béliers, ses deux chiens de travail et à quitter les combes et les forêts d’épicéas qu’il aime tant pour aller rejoindre, sur l’île de La Réunion, sa compagne Héloïse. Mais une nouvelle stupéfiante, lue dans le journal régional, le retient encore en métropole : Alexandre, son camarade de lycée d’autrefois, devenu vétérinaire, aurait tué, d’un coup de planche, un chasseur de 20 ans. Dans son souvenir, Alexandre était pourtant un « mec doux, sensible, intelligent ». Pour comprendre l’incompréhensible, il appelle Nadia, la femme avec qui Alexandre a eu deux enfants. Ils se rencontrent au bord d’un lac. Nadia explique alors à Julien que son mari, grand défenseur de la cause animale, s’était mis tout le village à dos. Et que, la nuit, en guise d’avertissement, des inconnus déposaient devant leur maison quantité de bêtes mortes. Jusqu’au soir où Alexandre, faisant le guet, avait frappé avec une planche un homme cagoulé qui transportait une dépouille de renard… » 1 

« Le narrateur, Julien, est berger. Avec ses deux patous, Flash et Mistral, il veille sur un troupeau de brebis. Le froid, la pluie, les orages, les jours et les nuits seul au monde… Non seulement Julien ne les craint pas, mais il les recherche. Un ours. Ou plutôt un ourson. Un garçon timide, qui planque sa fragilité et ses complexes derrière sa barbe et un goût farouche pour la solitude. Cet invisible est perçu comme « un mec sans souci, sans contrariété. Un mec qui ne rumine pas, qui n’en veut à personne. Ah, si vous saviez ». » 2

« Électrisant le style de ce grand roman d’amour, le coup de foudre entre Julien et la femme d’Alexandre, son ancien mentor, est aussi inéluctable que bouleversant. Le narrateur a-t-il eu tort à l’adolescence, se demande-t-il, de prendre Alexandre comme modèle, au point de lui « emprunter » son rire, qu’il jugeait plus communicatif que le sien ? Aurait-il dû mettre en doute l’image cultivée par son camarade, qui se présentait comme un « mec doux, sensible, intelligent », militant de la cause environnementale ? Car le « mec doux » vient d’être incarcéré pour meurtre après avoir, sous l’effet de la colère, frappé d’un coup de planche un jeune chasseur… » 3

« Sans doute faudra-t-il cet éclat de voix qui emporte et élève, sans doute faudra-t-il que John s’y fonde, s’y abîme un peu, pour trouver le courage de quitter les rives de l’enfance, d’échapper au déterminisme de sa condition sans trahir la terre de ses pères. Là, aux confins de l’Ain et du Jura, l’enfant solitaire accompagnait jadis son grand-père. » 4

« En lisant le journal, John découvre un jour qu’Alexandre, un ami du lycée perdu de vue depuis longtemps, devenu vétérinaire et militant de la cause animale, a tué d’un coup de planche un jeune homme de son village. Stupéfait, il contacte Nadia, l’épouse de ce doux colosse, elle aussi une ancienne camarade de lycée, pour tenter de comprendre comment a pu se produire l’impensable. Pendant le procès, et dans les années qui vont suivre, Julien et Nadia, mère de deux jeunes enfants, vont se rapprocher et développer une histoire d’amour passionnée. À l’ombre des montagnes du Jura et dans un secret qui deviendra de plus en plus lourd. » 5

« Comme s’il progressait le long des lignes de crête du Haut-Jura où le roman prend place, La Foudre dégage une forme d’adrénaline tranquille, trouvant son équilibre – et son addictivité – dans la coexistence de ses points de rupture. Julien, ce narrateur atavique et sincère, drôle parfois, humain toujours – et dont la voix qui nous parvient à la première personne embarque immédiatement la lecture-, semble constamment pris entre deux versants de sa vie : Héloïse et Nadia, l’influence de son grand-père John et celle d’Alex, la fidélité à sa vallée ou le départ pour l’île de la Réunion. » 6

La Foudre de Pierric Bailly, Éditions POL

1 Olga Bibiloni, La Provence, 3 septembre 2023

2 Julien Rousset, Sud Ouest, 3 septembre 2023

3 Florence Bouchy, Le Monde, 8 septembre 2023

4 Fabienne Lemahieu, La Croix, 31 août 2023

5 Christian Desmeules, Le Devoir, 18 novembre 2023

6 Salomé Kiner, Le Temps, 19 août 2023

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