Y a pas à dire...

... ou mieux dit par d'autres

Éric Reinhardt

Ça ne va pas très fort pour Sarah. À peine sortie d’affaire après un cancer du sein, son mari dont elle croyait être aimée s’éclipse chaque soir dans la cave pour se plonger dans des films porno. Quand elle le découvre, elle plaque l’époux, ses enfants et le bel appartement, qui ne lui appartient même pas à moitié, réalise-t-elle, pour aller s’isoler quelques temps dans le logement libre d’une amie. Mais le temps se prolonge et dans le foyer abandonné les choses s’aggravent pour elle. Sa fille se met à la détester, son fils l’ignore, son mari complote un divorce qui la dépossède de tout. En hôpital psychiatrique où il a réussi à la faire admettre, la déprime est désormais le gouffre dans lequel elle sombre entièrement.

« Sarah, architecte de formation, vit en Bretagne dans une belle maison, avec son mari et ses deux enfants. Elle découvre un jour par hasard que son mari possède 75 % de leur maison, alors qu’elle assumait depuis toujours de son côté les dépenses courantes de la famille. Une « anomalie » qui va la déstabiliser complètement. Pourtant, leur vie de couple était harmonieuse, même si depuis quelques années son mari passait de plus en plus de soirées en solitaire dans un ancien bûcher aménagé pour y faire de la musique et fumer des joints. Malgré ses promesses, jamais tenues depuis des années, l’homme rentrait de plus en plus tard, la laissant seule avec les enfants. Une amie de Sarah lui a suggéré d’aller vivre seule dans une petite maison louée pour deux mois, afin de « faire peur » à son mari, de secouer son indifférence. » 1

« Sarah est une victime invisible. En apparence, c’est une battante. Ancienne architecte, en rémission d’un cancer du sein, elle vit depuis vingt-deux ans avec un homme, qui semble l’aimer, qu’elle semble aimer. Ils ont une fille et un garçon. Dans le jardin de leur maison, dont elle assume tous les frais quotidiens, elle crée des sculptures singulières et fabuleuses, une tête du poète Francis Ponge en métal oxydé ou une église de dentelle haute de douze mètres. Et puis, peu à peu, elle commence à souffrir des absences de son mari, qui se retire chaque soir dans la cave, où il visionne des films pornos en fumant de l’herbe, et de magouillages crapuleux – elle découvre un jour qu’il a acquis à son insu, 75 % de leur domicile conjugal. Pour lui faire comprendre qu’elle n’accepte ni son indifférence ni ses trafics, elle décide de s’éloigner quelque temps, dans l’appartement vacant d’une amie. » 2

« Eric Reinhardt met cette figure du peintre et de son modèle au service d’un (double) récit relatant la descente aux enfers d’une femme qui perd sa santé, son métier, sa famille, son domicile et plus encore, dans ce qui semble l’inexorable spirale d’une mécanique fatale mais surtout patriarcale. Dédoublée, la narration gagne en vraisemblance puisque l’on ne cesse de comparer Susanne à son modèle, Sarah, et inversement – toutes deux devenues transfuges de classe mais dans un sens diamétralement opposé à celui qu’entend Annie Ernaux. » 3

« Suzanne vit avec ses deux (grands•es) enfants et son mari. Celui-ci s’enferme tous les soirs dans sa cave, délaissant une femme en déprime pour écouter de la musique> Elle va découvrir qu’une parcelle seulement de la maison lui appartient, mais aussi que si son mari l’abandonne chaque soir, c’est pur regarder du porno. Elle le quitte, sa fille se met à la haïr, son fils l’oublie peu à peu, elle sombre dans la dépression, se retrouve en HP, moment choisi par l’odieux mari pour lui imposer un divorce qui la spoliera de tout. » 4

« Sarah est architecte, profession omni présente dans les livres d’Éric Reinhardt. C’était par exemple celle dont avait rêvé David, le héros de Système Victoria, devenu directeur de chantier. Si l’écrivain revendique d’être influencé par la danse, le théâtre, le cinéma, les arts plastiques, s’il place son travail sous le signe de leur hybridation, il est évident que l’architecte joue chez lui un rôle particulier, et influence ses dispositifs littéraires. » 5

« C’est l’histoire d’une femme réchappant d’un cancer et pleine de vie, Sarah, qui se trouve déçus d’être délaissée par un mari pourtant aimant. Afin de le faire réagir, elle quitte brusquement le beau domicile du centre-ville de Dijon, dont elle découvre qu’il appartient davantage à son époux qu’à elle, et loue pour quelques mois son propre appartement. Mais le provisoire va durer, son coup de poker n’ayant pas l’effet attendu. » 6

Sarah, Suzanne et l’écrivain d’Éric Reinhardt, Éditions Gallimard

1 Christian Desmeules, Le Devoir, 7 octobre 2023

2 Jérôme Garcin, L’Obs, 17 août 2023

3 Boris Senff, La Tribune de Genève, 28 août 2023

4 Nelly Kaprièlian, Les Inrockuptibles, septembre 2023

5 Raphaëlle Leyris, Le Monde, 25 août 2023

6 Jérôme Lefilliâtre, Libération, 9/10 septembre 2023 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Facebook
Twitter
LinkedIn
Pinterest
WhatsApp
Email