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Roberto Saviano

Deux explosions, entre les deux, cinquante années de violences orchestrées par la mafia en Sicile. La première en 1943 lorsqu’une bombe américaine explose malencontreusement en pleine tentative de désamorçage, laissant orphelin à treize ans le petit Salvatore, dit Toto Reina, la seconde le 23 mai 1992 sous l’autoroute au passage de la voiture du juge Giovanni Falcone et de son épouse Francesca Morvillo, ainsi que trois hommes de leur protection. Cinquante années d’omniprésence de la Cosa Nostra sur l’île, menée tout ce temps par Salvatore Reina devenu depuis « la bête », et des efforts, mais aussi de résistances, à l’anéantir. La nouvelle « méthode Falcone » s’emploie plus spécialement à démanteler ses mouvements d’argents par une succession acharnée de poursuites vers le « Maxi-procès » de février 1986 à décembre 1987, pour des seconds couteaux, mais pas seulement, afin de remonter jusqu’à la tête de l’organisation criminelle. Malgré les menaces et la peur au quotidien, le juge accumule patiemment avec son « pool » anti-mafia formé exclusivement pour cela les preuves de son implication dans l’économie du pays tout entier. Les révélations du juge Falcone commencent à irriter la pieuvre qui infiltre les institutions et les instances politiques pour mieux asseoir son emprise sur l’Italie, voire très au-delà. Mais celui-ci se sent de plus en plus isolé au sein de la magistrature italienne, il dérange à tous les niveaux. Son élimination, les plans de l’action rapportés avec minutie dans le livre de Roberto Saviano, doit se faire avec retentissement pour mieux démontrer la puissance souterraine de l’hydre, elle le sera en ce jour de mai 1992 sur l’autoroute Palerme-Mazara Del Vallo.

« Il avait fallu au moins ça : un artificier du calibre de Pietro Rampulla. Mafieux de père en fils et ex-militant du groupe armé d’extrême droite Ordine Nuovo, Rampulla était non seulement « le meilleur » dans son domaine, mais il s’était procuré de la dynamite (pas moins de 200 kilos) grâce à l’ami d’un autre mafioso qui travaillait dans une carrière. Il avait fallu ensuite creuser un tunnel sous l’autoroute à l’endroit où passerait, avec son escorte, la Fiat Croma blindée blanche qui transporterait « la viande ». Et pousser les explosifs à l’intérieur en les roulant sur un skateboard. C’est là que tout avait failli capoter. D’abord parce qu’une voiture de carabiniers s’était bizarrement arrêtée à proximité. Ensuite, parce que l’un des membres du commando avait posé une journée de congé pour assister à la communion de son fils. » 1

« Il fait chaud en cet après-midi de mai 1992 alors que la Fiat du juge antimafia Giovanni Falcone parcourt à toute vitesse l’autoroute qui relie l’aéroport de Punta Raisi à la ville de Palerme. Le magistrat sicilien a hâte de rentrer chez lui. Pourtant, à 17 heures, 58 minutes et 48 secondes, 500 kilos d’explosif font voler en éclat l’asphalte, creusant un cratère de terre, de métal et de pierres. Falcone, son épouse, Francesca, et trois hommes de l’escorte perdent ainsi la vie, déchiquetés par l’insatiable soif de vengeance de ceux que le juge avait toujours combattus, les parrains de Cosa Nostra. » 2

« Si la terre a tremblé, cet après-midi du 23 mai 1992, éventrant la route qui relie l’aéroport de Punta Rai-si à la ville de Palerme, ce n’est pas sous l’effet d’un événement géophysique, mais le résultat de la quantité d’explosifs — plus de 500 kilos — placés sur le parcours annoncé de la voiture du juge antimafia Giovanni Falcone. Le magistrat y a trouvé la mort, ainsi que son épouse, Francesca Morvillo, et trois gardes du corps membres de leur escorte. L’attentat constitue l’épilogue du sombre roman documentaire que l’écrivain et journaliste Roberto Saviano consacre à la vie et à l’action de Giovanni Falcone. Un ouvrage saisissant dont la dimension didactique, fruit d’un colossal travail de recherche, est d’un bout à l’autre comme drapée d’une sorte de recueillement, d’une réflexion méditative sur la personnalité du magistrat et l’essence de l’obstination avec laquelle il mena, de la fin des années 1970 à son assassinat, une lutte judiciaire acharnée contre le crime organisé. » 3

« Giovanni Falcone se forçait à sourire pour laisser un dernier souvenir positif à son épouse au cas où il mourrait. Le 23 mai 1992, ils seront tués ensemble par une explosion qui soufflera leur voiture sur un tronçon d’autoroute à Capaci. Le couple et leurs trois gardes du corps ne seront pas les seuls. Son ami Paolo Borsellino sera tué deux mois après. » 4

« Au sein d’un pool de magistrats et de policiers décidés à combattre l’hydre mafieuse dans toutes ses ramifications (et qui y sacrifièrent le plus souvent jusqu’à leur vie), et notamment à révéler les compromissions pour ne pas dire plus entre le pouvoir politique, la Démocratie chrétienne de Giulio Andreotti, et les grands «parrains» siciliens, Falcone parvint à force d’obstination et d’un courage inouï, à porter les coups les plus rudes à cette internationale du crime, de la drogue et de l’assassinat. Il le paya au prix le plus cher. Le 23mai 1992, à 17h56 précisément, sur l’autoroute reliant l’aéroport à la ville de Palerme, 600kilos d’explosifs éclatèrent au passage de sa voiture blindée, le tuant ainsi que sa femme, magistrate elle aussi, et trois de ses gardes du corps. » 5 

« Ce jour-là, devant l’incroyable violence de l’explosion, les sismographes de Sicile se sont déclenchés. Rien d’une secousse de la nature, pourtant : rien que de la saleté humaine. À Capaci, en ce 23 mai 1992, à 17 h 56 et 48 secondes, 600 kilos d’explosifs placés sous le bitume de l’autoroute reliant l’aéroport à la ville de Palerme viennent de pulvériser la Fiat Croma du juge antiMafia Giovanni Falcone, le tuant lui, sa femme Francesca Morvillo, elle-même juge, ainsi que les trois gardes du corps Vito Schifani, Rocco Dicillo, et Antonio Montinaro. C’est important de dire leur nom. Ils n’étaient pas nombreux à oser protéger le juge contre les parrains de Cosa Nostra. Ceux-ci n’en pouvaient plus de l’audace, du courage de  » Giova  » et de son équipe, qui étaient en train de mettre au jour les liens entre l’organisation criminelle et le pouvoir politique. » 6

« Mais la scène inaugurale du récit remonte à 1943 dans le fameux village sicilien de Corleone : aidé de ses trois fils, un paysan récupère le métal d’une bombe américaine ensevelie, qui va exploser et souffler les maisons. Indemne, le jeune Toto Riina, 12 ans, se retrouve face aux cadavres ensanglantés de son père et d’un de ses deux frères. Une violence inouïe, qu’il reproduira à volonté lorsqu’il régnera en impitoyable boss sur la mafia de son île. Et dont on a une réplique à la fin du livre, quand, un demi-siècle plus tard, 500 kg de TNT éventreront l’autoroute entre l’aéroport et Palerme, pulvérisant les voitures du juge Falcone et de ses gardes. » 7

Giovanni Falcone (Solo è il coraggio) de Roberto Saviano, traduit de l’italien par Laura Brignon, Éditions Gallimard

1 Florence Noiville, Le Monde, 31 janvier 2025

2 Silvia Benedetti, Le Soir, 1er mars 2025

3 Nathalie Crom, Télérama, 5 février 2025

4 Jacques Besnard, La Libre Belgique, 2 avril 2025

5 Olivier Mony, Sud Ouest, 9 mars 2025

6 Christophe Ono-dit-Biot, Le Point, 20 février 2025

7 Marie Chaudey, La Vie, 6 février 2025

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