Andoun ne ressemble pas aux autres filles de son village de Nyokon, au Cameroun, son père en est constamment troublé depuis qu’elle est toute petite, souvent intimidé. Surtout, elle ne se retient jamais de dire non. Non face au mariage qu’on lui promet, non face à l’obligation d’avoir des enfants, non face à une vie de labeur aux champs. Elle choisit plutôt de rejoindre sa sœur à Douala où elle pense échapper à cette condition trop certaine, elle y déchante vite. La ville est faite de la même déconsidération des femmes. Leur domination par les hommes y est aussi prévalente. S’y ajoute l’iniquité des classes, les nanties dédaignant ostensiblement les plus pauvres. Désormais mère seule, elle retourne chez elle où, défiant la honte qui s’attache à la famille d’une fille-mère, ses parents les reçoivent, elle et sa petite fille, avec empressement. Andoun ne calme pourtant pas ses envies d’ailleurs, Paris devient sa prochaine destination. Le rêve s’y change vite en déboires.
« Dans « Et, refleurir », Kiyémis s’est inspirée du parcours de sa grand-mère pour imaginer l’épopée d’Andoun, née dans le village de Nyokon, au Cameroun, dans les années 1950. Guidée vers la lumière par les « fleurs jaunes » de ses rêves, Andoun veut vivre en femme libre. De Douala à Paris, les déceptions émaillent son chemin. Un beau parleur qui l’abandonne dès la naissance de leur enfant, un mariage arrangé avec un « soûlard », l’arrivée en France où on la relègue au statut de femme de ménage L’autrice tisse un hommage sur mesure à son aïeule pour laquelle on sent son immense respect. » 1
« Il lui a fallu aborder une nouvelle forme littéraire, créer un souffle pour ne pas rédiger une simple biographie, se confronter au regard de son aïeule. Sa « deuxième mère », son aînée de quarante ans seulement, qu’elle est allée enregistrer dans l’appartement où elle l’a toujours connue, à Bobigny. « Quand j’écris un essai, je suis dans l’idéalisation, reconnaît-elle. Le personnage de ma grand-mère, même si j’ai beaucoup mis de moi en elle, n’est pas afroféministe. Elle a, en revanche, une capacité à surmonter les obstacles, à refleurir. » » 2
« Le thème central de Et, refleurir, dans lequel la lumière prend le pas sur l’obscur, reste l’immigration. « S’il était important pour moi de narrer le désir d’ailleurs, je pense que l’on oublie trop souvent qu’à l’instar d’Andoun, les personnes qui partent ont aussi envie de revenir. Cette dernière vit avec la volonté d’autres espaces mais aussi avec la volonté d’appartenir au village de Nyokon, d’appartenir à une famille », dit Kiyémis. Et d’ajouter : « On vit une époque où les personnes d’ascendance africaine se posent la question du retour. Je voulais participer à la démystification de l’immigré qui part en laissant tout derrière lui. » Ce roman sans manichéisme s’inscrit ainsi dans les nouvelles façons de « penser » l’Afrique francophone et ses diasporas. Pour les afro-descendants ou afropéens – Kiyémis cite Léonora Miano comme inspiration -, « la maison » est désormais multiple, contrastée, parfois même instable et mouvante. La petite-fille et sa grand-mère appartiennent à «la sixième région d’Afrique » tel que théorisée par l’essayiste britannique Paul Gilroy dans l’Atlantique noir. » 3
Et, refleurir de Kiyémis, Éditions Philippe Rey
1 Amandine Schmitt, L’Obs, 28 mars 2024
2 Gladys Marivat, Le Monde, 1er mars 2024
3 Katia Dansoko Touré, Libération, 16 février 2024